lunes, 14 de abril de 2014

Le Mariage forcé


C'est une comédie-ballet en un acte et en prose de Molière et Lully1, représentée pour la première fois au palais du Louvre, par ordre de sa Majesté le 29 janvier 1664, et donnée ensuite au public sur le Théâtre du Palais-Royal le 15 février 1664 par la troupe de Monsieur, frère unique du Roi.
En 1672, à la suite de la rupture entre Molière et Lully, le Mariage forcé fut représenté avec de nouveaux intermèdes dus à Marc-Antoine Charpentier2 ; la première eut lieu au Théâtre du Palais-Royal le 8 juillet 1672.



vidéo le mariage forcé




domingo, 13 de abril de 2014


La Comtesse d'Escarbagnas



C'est une comédie-ballet de Molière (musique de Charpentier et ballets de Beauchamp), commandée par Louis XIV pour le remariage de son frère avec la princesse palatine de Bavière, après son veuvage. Des chants et de la danse (musique composée par Marc-Antoine Charpentier) rehaussaient ce spectacle de qualité fait pour épater la cour allemande.

On considère cette pièce comme le pendant féminin de Monsieur de Pourceaugnac.

Jouée pour la première fois à Saint-Germain-en-Laye, le 2 décembre 1671, Molière l'interpréta vingt fois. Hormis Le Bourgeois gentilhomme, c'est la comédie-ballet de Molière qui fut la plus souvent représentée.



Personnages


La comtesse d'Escarbagnas, veuve noble d'Angoulême qui vient de faire un voyage à Paris. Elle se vante d'y avoir vu la cour et appris les meilleures manières, mais ne parvient qu'à se rendre ridicule.

Le comte d'Escarbagnas, fils de la comtesse. La pièce nomme deux autres fils sans les montrer, le Marquis et le Commandeur.

Le vicomte, Cléante de son prénom, soupirant en titre de la comtesse ; il est en réalité amoureux de Julie mais leurs amours sont contrariées par la haine que se vouent leurs familles.

Julie, amie de la comtesse et amante du Vicomte. Mais elle se sert en réalité de l'aveuglement de la Comtesse pour parvenir à ses fins avec le Vicomte.

M. Tibaudier, conseiller et soupirant de la comtesse. Amateur de vers et d'auteurs latins, il respecte le vicomte bien qu'il soit son rival.

M. Harpin, receveur des tailles et soupirant de la comtesse. Contrairement à monsieur Tibaudier, il est violemment jaloux du vicomte.

M. Bobinet, précepteur du comte.

Jeannot, laquais de Monsieur Tibaudier.

Criquet, laquais de la Comtesse d'Escarbagnas.

Andrée, suivante de la Comtesse d'Escarbagnas.

sábado, 12 de abril de 2014

Le Bourgeois gentilhomme




                                                                                                  

C'est une comédie-ballet de Molière, en cinq actes (comportant respectivement 2, 5, 16, 5 et 6 scènes)1 en prose (sauf les entrées de ballet qui sont en vers), représentée pour la première fois le 14 octobre 1670, devant la cour de Louis XIV, au château de Chambord par la troupe de Molière. La musique est de Jean-Baptiste Lully, les ballets de Pierre Beauchamp, les décors de Carlo Vigarani et les costumes turcs du chevalier d'Arvieux.

Dans cette pièce, Molière se moque d'un riche bourgeois qui veut imiter le comportement et le genre de vie des nobles. Ce spectacle est très apprécié par la Cour et Louis XIV, qui le redemande plusieurs fois.


Résumé

M. Jourdain est un bon bourgeois enrichi qui, oubliant son origine obscure, enrage de n’être pas gentilhomme ; mais il ne désespère pas de le devenir et veut du moins s’en donner tous les airs. Il met sa gloire à se mêler à la noblesse et à imiter les grands seigneurs. Comme il est fier de sa robe de chambre d’indienne, de son haut-de-chausse de velours rouge, et de sa camisole de velours vert ! « Je me suis fait habiller comme les gens de qualité », dit-il avec complaisance. On lui dit que les gens de qualité savent la danse, la musique, l’escrime et la philosophie, et vite, il fait appeler des professeurs, qui ont tous le ridicule de leur métier. Le musicien prétend que l’ignorance de la musique est la cause de toutes les guerres « La guerre, dit-il, vient d’un défaut d’harmonie entre les hommes ; qu’ils apprennent la musique, et l’on ne verra plus de guerres. » Le danseur soutient que la danse est le premier de tous les arts. « C’est parce qu’on ne sait pas la danse, dit-il, qu’on fait des sottises, c’est-à-dire des faux pas. Apprenez la danse et vous ne ferez plus ni faux pas ni sottises. » Le maître d’armes est un ferrailleur dont tout le mérite consiste à donner et à ne point recevoir. Il se charge de tuer son adversaire par raison démonstrative, ce qui est fort du goût de M. Jourdain. « De cette façon, dit-il, on est sûr, sans avoir du cœur, de tuer son homme, et de n’être point tué. »

Sur ces entrefaites, arrive le philosophe, qui les trouve tous bien impertinents de vanter ainsi leurs misérables métiers de gladiateur, de chanteur et de baladin. « Rien n’est comparable à la philosophie, dit-il, c’est elle qui nous enseigne à modérer nos passions. » Le maître d’armes lui allonge quelques coups de fleuret, et le philosophe se met en colère. Après le départ de ses confrères, il demande à M. Jourdain ce qu’il doit lui enseigner, et il lui offre successivement la logique, la métaphysique, la morale, la physique. « Tout cela est trop rébarbatif, dit le bon bourgeois, il y a trop de tintamarre là-dedans, trop de brouillamini. — Que voulez-vous donc que je vous apprenne ? — Apprenez-moi l’orthographe puis vous m’enseignerez l’almanach, pour savoir quand il y a de la lune et quand il n’y en a pas. » Il y a peu de scènes aussi gaies. Celle des teneurs n’est guère moins divertissante. M. Jourdain paie les titres qu’on lui donne, et il met le comble au ridicule en avouant qu’il les paie. « Voilà pour mon gentilhomme, dit-il, voilà pour le monseigneur, et voici pour ma grandeur. Ma foi, ajoute-t-il, s’il va jusqu’à l’altesse, il aura toute la bourse. »

Être gentilhomme est pour M. Jourdain le comble de la félicité et il donnerait, dit-il lui-même, deux doigts de sa main pour avoir ce bonheur. Aussi est-il très flatté de l’amitié que lui porte Dorante, gentilhomme de la cour qui, connaissant le faible du bonhomme, lui soutire, à titre d’emprunts, le plus d’argent possible.

M. Jourdain s’est mis dans l’esprit, comme tous les grands de l’époque, de faire l’aimable auprès d’une dame de haut rang. Le comte Dorante lui conseille, pour s’attirer les faveurs de la dame, de lui envoyer un beau présent ; le bon bourgeois s’empresse de suivre cet avis, et le comte, qui doit remettre le cadeau, le remet en effet, mais comme venant de lui. C’est pour cette dame qu’il prie son maître de philosophie d’écrire un billet tendre qui ne soit ni en vers ni en prose, tellement il veut qu’il soit de bon goût ; et il découvre avec étonnement que depuis trente ans il fait de la prose sans le savoir.

M. Jourdain a une fille qu’il ne veut marier, cela va sans dire, qu’à un homme de bonne maison. Il refuse un jeune homme, nommé Cléonte, parce qu’il n’est pas noble. « Êtes-vous gentilhomme ? » Telle est !a première question que M. Jourdain lui adresse. Il veut que sa fille soit marquise. Pour parvenir à ses fins, le prétendant se déguise et se présente comme le fils du grand Turc qui vient demander la fille de M. Jourdain en mariage. Celui-ci, trop heureux d’une telle alliance, consent à se faire mahométan pour avoir l’honneur d’être le beau-père du fils du grand Turc. Les jeunes gens se marient, et quand le mariage est consommé, M. Jourdain s’aperçoit qu’il est puni, mais trop tard, de son sot orgueil.

« C’est là, dit Voltaire, un des plus heureux sujets de comédie que le ridicule des hommes ait jamais pu fournir. » Voltaire a raison, car la sottise et la vanité, ces deux compagnes inséparables si bien personnifiées dans M. Jourdain, survivent à toutes les transformations sociales. Aujourd’hui il n’y a plus ni bourgeois, ni gentilshommes, et cependant M. Jourdain est aussi vrai qu’au temps de Molière. Sa vanité a changé d’objet, mais au fond elle est restée la même. Et c’est précisément parce que nous le connaissons tous, que le Bourgeois gentilhomme est l’une des pièces qui est encore la plus goûtée et la plus applaudie du répertoire de Molière.

Les critiques les plus compétents sont unanimes à reconnaître la verve et la puissante originalité des trois premiers actes.

viernes, 11 de abril de 2014

la Critique de l'École des femmes

Comédie de Molière (1663).


La scène se passe dans le salon d’une femme du monde, Uranie. Les personnes présentes ne parlent que d’une chose : la comédie de Molière, l’École des femmes, qui vient d’être créée et qui est toujours représentée. Les nouveaux arrivants en discutent aussi, car la pièce a révolté une partie du public et divise ceux qui prétendent connaître le bon goût et les règles du théâtre.
Climène, qui déclare : « Je viens de voir, pour mes péchés, cette méchante rhapsode de L’École des femmes » mène l’attaque au nom de la pudeur. Le poète Lysidas renchérit au nom des règles académiques. Un marquis déteste tout autant la pièce, bien qu’il ne l’ait pas vue ! C'est Dorante qui la défend avec le plus d’éloquence : c’est le double de Molière.
Pièce de circonstance en un acte, la Critique de l’École des femmes est la réplique d’un auteur blessé aux multiples critiques dont il est l’objet. C’est à la fois un savoureux tableau de la conversation mondaine et un plaidoyer de Molière pour ses écrits : « Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n’est pas de plaire, et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n’a pas suivi un bon chemin. »

LES PERSONNAGES

URANIE.

ÉLISE.

CLIMÈNE.

GALOPIN, laquais.

LE MARQUIS.

DORANTE ou LE CHEVALIER.

LYSIDAS, poète. 


Résumé



Deux femmes,Uranie (en référence à la Muse Uranie, muse de l'astronomie) et Élise, reçoivent des connaissances, et tous discutent de la pièce L'École des femmes qu’ils viennent de voir. Chacun possède un avis tranché : les uns ont aimé, les autres non.

Dans le camp des « contre », il y a le pédant Lysidas, auteur jaloux du succès de la pièce, le Marquis, personnage sot et prétentieux et Climène, qui affiche une pudeur et une dévotion aisément froissées.

De l’avis inverse, on trouve Dorante(ou le chevalier), ami de Molière, homme posé et tranquille, Uranie, la maîtresse de maison, et Élise, femme d’esprit, qui feint de soutenir le parti adverse, soulignant par son approbation indéfectible la faiblesse ou l’ineptie des arguments de ceux-ci.


Chacun reste sur ses positions, et l’annonce du souper servi sert de dénouement. Ils s’y rendent tous avec plaisir, chacun étant persuadé d’avoir emporté la discussion et de s’y être montré à son avantage.

jueves, 10 de abril de 2014



L'Ecole des femmes 

C'est une comédie de Molière en cinq actes (comportant respectivement quatre, cinq, cinq, neuf et neuf scènes) et en vers (1779 dont 1737 alexandrins), créée au théâtre du Palais-Royal le 26 décembre 1662.


La pièce, novatrice en ce qu'elle mêlait de manière alors inédite les ressources de la farce et de la grande comédie en vers, fut un immense succès, et suscita une série de débats connus sous le nom de « Querelle de L'École des femmes. » Cette querelle, habilement exploitée par Molière, lui donna l'occasion de répondre aux critiques qui lui avaient été adressées et de préciser son projet dramatique dans une comédie intitulée La Critique de l'École des femmes, représentée sur la scène du même théâtre au mois de juin de l'année suivante.



Résumé



Acte I


Arnolphe, qui bien que se vantant du contraire, a toujours craint d'être cocu. Il informe son ami Chrysalde de son intention de se marier. Il envisage d'épouser sa pupille, Agnès, qu'il a fait élever, dès l'âge de 4 ans, dans un couvent en prenant soin de la priver de toute instruction :

" Dans un petit couvent, loin de toute pratique, 
Je la fis élever selon ma politique ; 
C'est-à-dire, ordonnant quels soins on emploierait 
Pour la rendre idiote autant qu'il se pourrait.
Dieu merci, le succès a suivi mon attente ; 
Et, grande, je l'ai vue à tel point innocente, 
Que j'ai béni le ciel d'avoir trouvé mon fait, 
Pour me faire une femme au gré de mon souhait".

Agnès est maintenant enfermée dans une maison où elle est gardée par un valet et une servante , un peu simples, Alain et Georgette.

De retour , après dix jours de voyage, Arnolphe, qui se fait aussi appeler M. de la Souche, rencontre Horace, le fils de son ami Oronte. Arnolphe encourage Horace à se distraire, notamment en cherchant fortune aux dépens de maris imprudents. Il se propose même de lui donner de l'argent pour l'aider à conquérir ces femmes volages. Horace lui raconte assez naïvement qu'il n'a pas attendu ses conseils et qu'il est déjà parvenu à conquérir le cœur d'une jeune fille, Agnès, pupille d'un certain M. de la Souche, personnage tyrannique et ridicule. Il a profité de l'absence de ce dernier pour faire la cour à Agnès. Arnolphe, vexé, dissimule difficilement son agacement .


Acte II


Arnolphe s'en prend alors à ses domestiques leur reprochant d'avoir laissé un homme s'approcher d'Agnès. Puis il est vite rassuré par le récit ingénu que lui fait la jeune fille de sa rencontre avec Horace. Le jeune séducteur n'a pas profité de la situation pour ternir la réputation de la jeune pupille. Arnolphe exploite cette situation, redevenue favorable, pour annoncer à la jeune fille qu'il souhaite hâter son mariage. Agnès pensant que son tuteur souhaite lui permettre d'épouser Horace exprime toute sa reconnaissance à Arnolphe. Celui-ci rompt brutalement le quiproquo en lui indiquant que c'est de leur mariage à eux deux qu'il s'agit.


Acte III


Pensant avoir rétabli la situation à son profit, Arnolphe se prépare au mariage. Il enseigne à Agnès ses devoirs et lui dresse un tableau terrifiant des conséquences de l'infidélité conjugale. Agnès acquiesce sans aucune protestation. Arnolphe se réjouit de la bonne tournure de ses projets matrimoniaux et s'apprête à savourer la défaite d'Horace, son jeune rival.

Lors d'une nouvelle rencontre d'Arnolphe et d'Horace , ce dernier concède , pour le plus grand bonheur de son adversaire, que ses amours connaissent un certain revers. Les domestiques l'ont empêché de voir sa bien-aimée, puis Agnès l'a chassé en lui lançant une pierre. Mais heureuse surprise, la pierre était accompagnée d'une lettre d'amour. Pendant qu'Horace se réjouit à nouveau de cette marque passionnée, Arnolphe a du mal à cacher son dépit et sa colère.

Arnolphe qui se retrouve seul, médite sur la jalousie qu'il éprouve. Il découvre qu'il est tombé amoureux de sa prisonnière. L'aveu d'Horace lui fait prendre conscience qu'il ne souhaite plus simplement posséder Agnès ; il souhaiterait aussi être aimé d'elle.


Acte IV


Arnolphe décide de faire face. Il n'accepte pas de s'avouer vaincu par ce "freluquet". Il lui faut pourtant admettre son incapacité à conquérir le cœur d'Agnès. Il décide d'enseigner à ses valets les façons d'éconduire Horace. Celui-ci apparaît et raconte la dernière aventure qui lui est arrivé. Alors qu'Agnès l'avait clandestinement introduit dans sa maison et l'avait fait monter jusque dans sa chambre, M. de la Souche est arrivé, plein de colère. Vite Agnès l'a enfermé dans une armoire pour le cacher et lui a donné un nouveau rendez-vous pour le soir même.

Ainsi averti par Horace, qui ne se doute toujours de rien,Arnolphe prend alors des mesures et demande à ses valets de défendre la maison. Lorsque le "galant" sera au sommet de l'échelle prêt à s'introduire dans la chambre d'Agnès, ordre leur est donné de faire pleuvoir sur lui une pluie de coups de bâton.


Acte V


Arnolphe est contrarié, ses domestiques ont trop bien respecté ses consignes et Horace, est allongé, sans vie, devant la maison. Mais coup de théâtre, alors qu'Arnolphe s'apprête à constater cet accident, Horace apparaît devant lui. Il lui avoue, qu'étant tombé de l'échelle, il a préféré faire le mort que de recevoir de nouveaux coups. Il concède également qu'Agnès est venue à son secours et lui a indiqué son souhait de ne plus retourner chez son tuteur. Ironie du sort ou naïveté suprême, Horace demande à son ami Arnolphe de protéger Agnès pendant quelque temps , en attendant qu'il puisse l'épouser. Dans une demi obscurité, Agnès change ainsi de défenseur, passant de la protection d'Horace à celle d'Arnolphe.

Le transfert ayant eu lieu, Arnolphe se fait reconnaître par Agnès et lui exprime de vifs reproches. Agnès écoute avec une grande indifférence ce mélange de menace et de déclaration d'amour. Arnolphe lui promet de l'enfermer dans un couvent, mais il est décontenancé par la passivité de celle qu'il aime.

Arrive alors Oronte, le père d'Horace, qui souhaite marier son fils avec la fille d'Enrique, un seigneur revenu en France après une longue absence. Horace implore Arnolphe et le supplie de l'aider . Celui accepte avec beaucoup d'ironie.

Arnolphe se moque avec beaucoup de cruauté d'Horace, et lui apprend qu'Arnolphe et M. de La Souche sont la même et unique personne. C'est alors qu'il apprend qu'Agnès est la fille d'Enrique. Grâce à un hasard généreux, tout est bien qui finit bien pour Agnès et Horace, les jeunes amoureux. Arnolphe, lui est anéanti, et quitte la scène complètement désespéré.



1662: L'année de l'Ecole des femmes

Molière a 40 ans . Il épouse cette année-là Armande Béjart, la fille de Madeleine Béjart. Ce mariage avec la fille de sa maîtresse, lui vaut d'être accusé de relations incestueuses avec cette personne qui pourrait être sa fille.

Il réussit son coup de maître en écrivant l'Ecole des femmes, la première des comédies de la maturité, en cinq actes et en vers. Cette pièce, qui soulève des questions importantes (l’institution du mariage et l’éducation des filles), tranche nettement avec les thèmes habituels de la farce ou de la comédie à l’italienne. Innovation littéraire en même temps que critique originale de la société du temps, elle irrite certains auteurs concurrents autant qu’elle choque les tenants de la morale traditionnelle.

L'Ecole des femmes connaît un énorme succès, et vaudra à Molière une longue polémique. Cette querelle occupera toute l’actualité littéraire de l’année 1663, avec ses pamphlets, ses textes satiriques et ses quolibets.

miércoles, 9 de abril de 2014


L'École des maris


c'est une comédie en trois actes et en vers de Molière, représentée pour la première fois à Paris au Théâtre du Palais-Royal le 24 juin 1661 par la troupe de Monsieur, frère unique du Roi.

L’intrigue de cette comédie, qui repose le contraste radical entre deux frères, dont l’un a pour principe la sévérité dans l’éducation des enfants et l’autre l’indulgence, s’inspire des Adelphes de Térence.




Résumé : 


Molière met en opposition deux frères, tuteurs de jeunes filles qu’ils se proposent d’épouser. L’un, Sganarelle, tient sa pupille enfermée dans sa maison comme dans un cloître et lui refuse les plaisirs les plus innocents. L’autre, Ariste, prétend, au contraire, qu’il est plus sage de s’accommoder aux coutumes du jour et de ne pas se faire remarquer par un excès de rigidité.

Tombant dans un excès contraire, il laisse donc sa pupille jouir d’une pleine liberté : elle va au bal, au théâtre, s’habille à la dernière mode, reçoit qui bon lui semble, tandis que sa sœur, Isabelle, se morfond d’ennui, n’ayant d’autre compagnie que son vieux barbon de tuteur et d’autre distraction que de ravauder son linge et tricoter des bas. On devine le résultat de ces deux sortes d’éducation.

Tandis que Léonore, au comble du bonheur, se trouve heureuse d’épouser son tuteur et le récompense par son amour de sa confiance en elle, Isabelle prend en horreur Sganarelle et ne songe qu’à échapper à sa tyrannie ; elle se sauve enfin chez un jeune homme qu’elle connaît à peine et qu’elle épouse imprudemment.

Cette comédie si gaie, si spirituelle, n’offre pas une morale irréprochable. On ne trouvera pas que la dissipation soit le meilleur système d’éducation d’une jeune fille, ni qu’il doive être permis de s’échapper des mains d’un tuteur parce qu’il est d’une rigidité môme ridicule. Le but de Molière a été d’exagérer le mal pour mieux faire ressortir la fausseté du système.


martes, 8 de abril de 2014


Sganarelle ou le Cocu imaginaire


C'est une comédie en un acte et en vers, représentée le 28 mai 1660, au théâtre du Petit-Bourbon. par la troupe de Monsieur, frère unique du Roi. Elle comporte 9 personnages soit Sganarelle, sa femme, Lélie, Célie, Gorgibus, La suivante, Gros-René, Le parent et Villebrequin.





  
Résumé :



Comédie en un acte et en vers, représentée le 28 mai 1660, au théâtre du Petit-Bourbon. Alors que la jeune Célie a d’abord été fiancée à Lélie, son père, Gorgibus, bon bourgeois de Paris, entend la marier à Valère, le fils de Villebrequin, dont les biens sont plus considérables. Célie se désespère et, en s’évanouissant, laisse tomber un portrait de Lélie. Sganarelle survient et aide à transporter la jeune fille chez elle ; mais sa femme, qui a aperçu la scène de sa fenêtre, pense qu’il la trompe. Elle sort, ramasse et contemple le portrait, ce qui laisse croire à Sganarelle, de retour, qu’elle a un amant. Lélie revient, s’étonne de voir son portrait entre les mains de Sganarelle, alors que Sganarelle s’irrite contre lui, car il le croit amant de sa femme. Lélie, pour sa part, pense que sa bien aimée est mariée à Sganarelle et il est sur le point de se trouver mal quand la femme de Sganarelle l’invite à entrer chez elle pour se remettre. Sganarelle a observé la scène ; il y voit la preuve de son infortune et se lamente en compagnie de Célie, victime de la même mésaventure. Sganarelle prononce un long monologue qui traduit ses hésitations à agir, car il est tantôt animé par son courroux et son désir de vengeance, tantôt paralysé par la crainte d’être battu. Il recherche Lélie, le menace de son épée, mais prend peur dès que celui-ci se retourne, prétend que ses armes ne sont qu’un déguisement, et doit se donner des soufflets pour s’exciter. Heureusement, une suivante qui a tout vu dissipe les quiproquos et tout rentre dans l’ordre.

Cette œuvre connaît un succès durable, puisque Molière la donne cent vingt-deux fois durant sa carrière, souvent en complément d’une pièce plus conséquente.

lunes, 7 de abril de 2014

Les Précieuses ridicules



Comédie représentée pour la première fois sur le théâtre du Petit-Bourbon le 18 novembre 1659 par la Troupe de Monsieur, frère unique du Roi.


La préface de Molière.
PERSONNAGES

LA GRANGE: amant rebuté.

DU CROISY: amant rebuté.

GORGIBUS: bon bourgeois.

MAGDELON: fille de Gorgibus, précieuse ridicule.

CATHOS: nièce de Gorgibus, précieuse ridicule.

MAROTTE: servante des précieuses ridicules.

ALMANZOR: laquais des précieuses ridicules.

MASCARILLE: valet de la Grange.

JODELET: valet de du Croisy.

Deux porteurs de chaises

Voisines

Violons


Résumé
 

Les Précieuses ridiculesLa fille et la nièce d’un bon bourgeois, nommé M. Gorgibus, sont deux pédantes qui ne rêvent que de se voir entourées de beaux esprits, gens à la mode qui ne parlent que dans un style prétentieux ; elles ont changé leurs noms de Madelon et de Cathos pour les noms plus sonores d’Aminte et de Polixène et elles se posent en précieuses. Gorgibus, qui, avant tout, est un homme de gros bon sens, veut marier ces jeunes filles avec deux jeunes gens de bonne maison, nommés La Orange et du Croisy. Ces jeunes gens s’expriment avec simplicité et naturel, ce qui ne les recommande pas auprès de Cathos et de Madelon qui les éconduisent avec mépris. Les deux gentilshommes jurent de se venger et envoient chez elles, à cet effet, deux valets impudents, qui se donnent pour des hommes de qualité.
Nos deux sottes prennent les extravagances du marquis de Mascarille et du vicomte de Jodelet, puisque tels sont les noms qu’ils se sont donnés, pour la perfection de l’esprit et de la galanterie. Tout à coup, les maîtres arrivent, le bâton à la main, chercher leurs domestiques ; ils ne manquent pas de railler les coquettes sur le choix de leurs admirateurs et les laissent confondues et accablées de honte. Gorgibus les engage un peu rudement à profiter de la leçon et elles disparaissent devant cette apostrophe foudroyante : « Allez-vous cacher, vilaines, allez-vous cacher. »
Attaquer la sentimentalité des précieuses, ridiculiser leur afféterie et celle des gens de lettres qui s’étaient faits leurs courtisans, c’était de la part de Molière non seulement un acte de haute raison et de bon goût, mais encore un acte de courage, puisqu’il s’en prenait d’une part à des écrivains qui jouissaient d’une grande faveur, et de l’autre à des femmes à qui leur position sociale assurait un grand crédit. Aussi, pour atténuer ce qu’il y avait de téméraire dans sa critique, Molière eut-il soin, dans le titre de sa pièce, d’ajouter au mot précieuses l’épithète ridicules, donnant de la sorte à entendre qu’il faisait deux catégories, qu’il acceptait, avec le public de son temps, le nom de précieuses, comme honorable pour une femme lorsqu’il impliquait l’idée d’une noble fierté, la délicatesse du sentiment, la finesse de l’esprit et de l’instruction, mais qu’il le vouait à l’ironie et au sarcasme de la foule lorsqu’il ne représentait que l’exagération de la pruderie, l’hypocrisie de la délicatesse et la vanité du bel esprit.


sábado, 5 de abril de 2014

 

Les Femmes savantes

Résumé

La pièce raconte l'histoire d'une famille, où la mère (Philaminte), la belle-sœur de cette dernière (Bélise) et une de ses deux filles (Armande) sont sous l'emprise d'un faux savant aux dents longues (Trissotin). Ce dernier, beau parleur, les subjugue de ses poèmes et savoirs pédants mais, en vérité, s'intéresse plus à l'argent de la famille qu'à l'érudition des trois femmes. Cette situation désole le reste de la famille, à savoir le mari de Philaminte (Chrysale), le frère de ce dernier (Ariste) et la cadette des filles (Henriette) ; mais ces derniers ne s'opposent pas frontalement aux « chimères » des autres femmes de la famille.
Pendant longtemps, Clitandre a courtisé Armande, sœur d'Henriette, mais cette dernière s'est toujours refusée à lui, lui préférant « les beaux feux de la philosophie ». Clitandre est alors devenu amoureux de Henriette, et tous deux veulent se marier.
Dans ce but, ils vont devoir obtenir le soutien de la famille. Chrysale et Ariste sont favorables au mariage. Mais le reste de la famille, c'est-à-dire les trois « femmes savantes », s'y opposent. Philaminte veut qu'Henriette épouse Trissotin, pour asseoir son alliance avec la science et la philosophie. Cette volonté est appuyée par Bélise et Armande. Cette dernière exprime une certaine jalousie que sa sœur convole avec son ancien soupirant.
Chrysale ne veut pas s'opposer fermement aux volontés de son épouse, et il semble que le mariage d'Henriette et Clitandre soit compromis, à l'avantage de Trissotin. Les deux amants tentent alors de s'opposer au philosophe mais aucun ne réussit, jusqu'à ce qu'Ariste parvienne à déjouer la duplicité de Trissotin ; Henriette peut alors se marier avec Clitandre.

Les personnages

  • Philaminte, la mère. C'est elle qui dirige la petite « académie » et qui a découvert Trissotin. Parce que celui-ci flatte son orgueil, elle le considère comme un grand savant au point qu'elle pense réellement qu'il peut faire un bon parti pour sa fille. Elle milite également pour la « libération » des femmes et s'attache à diriger la maisonnée, même si c'est en dépit du bon sens.
  • Bélise, la tante. Sœur de Chrysale, c'est une vieille fille qui ne s'est jamais mariée, et l'on devine que c'est en partie par dépit qu'elle a rejoint les « femmes savantes ». Elle se croit cependant irrésistible et s'invente des soupirants ; elle s'imagine en particulier que Clitandre est amoureux d'elle et qu'Henriette n'est qu'un prétexte.
  • Armande, la fille aînée. Autrefois courtisée par Clitandre, elle l'a rejeté et celui-ci est alors tombé amoureux de sa sœur Henriette. Elle prétend que cela la laisse indifférente, mais en fait, elle est jalouse de sa sœur et n'a qu'un but : empêcher les deux amoureux de se marier.
  • Trissotin, un pédant. Bien qu'il se vante d'être un grand connaisseur en lettres et en sciences, il est tout juste bon à faire des vers que seules Philaminte, Bélise et Armande apprécient. Il semble ne s'intéresser aux femmes savantes plus pour leur argent que pour l'érudition de ces dernières. Ce personnage est inspiré de l'abbé Charles Cotin. Les poèmes qu'il lit à la scène 2 de l'acte III sont inspirés de textes présents dans les Œuvres mêlées (1659) et les Œuvres diverses (1663, 1665) dudit abbé.
  • Vadius, un pédant comme Trissotin. Il est tour à tour son camarade et son rival. Sa querelle avec Trissotin sur leurs poèmes respectifs met en relief la petitesse d'esprit de ce dernier. Ce personnage est inspiré du grammairien Gilles Ménage. Une telle dispute est d'ailleurs réellement arrivée entre Charles Cotin et Gilles Ménage à l'époque de l'écriture de la pièce.
  • Chrysale, le père. Il se prétend le maître de la maison et affirme que les femmes ne doivent s'occuper de rien d'autre que des tâches ménagères ; cependant, il a du mal à contredire sa femme quand celle-ci prend ses décisions, notamment sur le renvoi de Martine.
  • Henriette, la fille cadette. C'est la seule femme de la famille qui ne fasse pas partie des « femmes savantes » : à leur galimatias pédant, elle préfère les sentiments qui la lient à Clitandre.
  • Clitandre, le soupirant d'Henriette. Autrefois amoureux d'Armande, il fut éconduit par celle-ci.
  • Ariste, l'oncle. Frère de Chrysale, il n'accepte pas de voir celui-ci se laisser mener par le bout du nez par sa femme, et apporte son soutien à Clitandre et Henriette.
  • Martine, la servante. Au début de la pièce, elle est renvoyée par Philaminte pour avoir parlé en dépit des règles de la grammaire. Elle revient à la fin pour défendre les arguments de Clitandre et d'Henriette.
  • Julien, le valet de Vadius.
  • Lépine, le valet de Trissotin.
  • Le notaire, chargé du mariage.

viernes, 4 de abril de 2014


Les Fourberies de Scapin


C'est une comédie de Molière en trois actes (comportant respectivement cinq, huit, et treize scènes) et en prose, créée au Théâtre du Palais-Royal le 24 mai 1671.

Cette comédie de Molière est fortement empreinte de comédie italienne. À sa création, le spectacle n'obtient alors pas un grand succès public. Nicolas Boileau lui reproche son côté populaire et Fénelon l'exagération des caractères. Son intrigue est en partie inspirée du Phormion de Térence1.


Argument

En l’absence de leurs pères partis en voyage, Octave, fils d’Argante ainsi que Léandre, fils de Géronte, se sont épris l’un de Hyacinte, jeune fille pauvre et de naissance inconnue qu’il vient d’épouser, le second de la « jeune Égyptienne » Zerbinette.

Au retour d’Argante, Octave, très inquiet de la réaction paternelle à l’annonce de son union et, de plus, fort à court d’argent, implore l'aide de Scapin, valet de Léandre. Mais cet « habile ouvrier de ressorts et d’intrigues » ne parvient pourtant pas à faire fléchir le vieillard.

Argante répète à Géronte la nouvelle qu’il tient d’une indiscrétion de Scapin : Léandre a commis une grave erreur. Aussi le jeune homme, fort mal accueilli par son père, corrige vertement le valet pour sa trahison. Mais il quitte bientôt son ressentiment pour le supplier de lui venir en aide : il lui faut payer une rançon pour Zerbinette s’il ne veut pas la voir enlevée par les Égyptiens.

Par de hardis stratagèmes, l’inventif Scapin ne tarde pas à extorquer la somme aux deux vieillards. Mais Scapin entend encore se venger de Géronte qui l’a desservi auprès de Léandre. Aussi lui fait-il croire qu’un prétendu frère de Hyacinte est à sa poursuite, résolu à lui ôter la vie pour le punir de vouloir faire rompre le mariage. Afin de le soustraire à ce danger, Scapin cache sa victime dans un sac, et lui donne de violents coups, tout en feignant de le protéger des spadassins qui sont à sa recherche. La fourberie de Scapin est éventée, et Géronte lui aurait fait payer cher sa fourberie, si par une diversion opportune une double reconnaissance n'eût révélé en Hyacinte la fille perdue de Géronte, et en Zerbinette celle d’Argante.

Scapin, qui feint d'être à l'agonie par suite d’un accident, demande et obtient le pardon des vieillards.






miércoles, 2 de abril de 2014

 

Le Dépit amoureux 

Le Dépit amoureux est une comédie en cinq actes et en vers deMolière, créée à Béziers le 16 décembre 1656, et représentée pour la première fois à Paris au Théâtre du Petit-Bourbon le 14 juin 1659 par la troupe de Monsieur, frère unique du Roi.
Molière s'est beaucoup inspiré du théâtre italien. D’ailleurs, l'intrigue du Dépit amoureux est copiée d'une comédie de Nicolo Secchi, La Cupidité.

Résumé

 

Deux jeunes gens, Éraste et Valère, courtisent la fille d'Albert, Lucile, dont le cœur penche vers Éraste. Ce dernier apprend de Mascarille, le valet de son rival, que, depuis trois jours, Lucile et Valère se sont mariés. Dans sa fureur, Éraste charge Marinette, la servante de Lucile, d'annoncer à sa maîtresse que leur relation est finie. Gros-René, le valet d'Éraste, se brouille également avec Marinette. S'ensuit un véritable dépit amoureux. Mais c’est seulement à la fin que l’histoire est démêlée.

Pour recueillir l'héritage d'un très riche parent, Albert devait avoir un fils. Malheureusement, sa femme ayant accouché d'une fille, il a substitué le fils de la bouquetière, mais ce bébé est mort à l'âge de dix mois. Sa femme a repris chez elle sa fille pour l'élever sous le nom d'Ascagne, à la place du garçon qu'elle n'avait pas eu. En effet c’est Ascagne, une sœur de Lucile, jusque-là dissimulée sous des vêtements d'homme, qui s'est unie secrètement à Valère, alors que celui-ci se croit l'époux de Lucile. Cependant Valère se console vite de sa mésaventure en se trouvant l'époux d'une femme charmante, et abandonne volontiers à son rival Éraste la main de Lucile. Gros-René et Marinette suivent l'exemple de leurs maîtres et se marient.

Le sujet du Dépit amoureux est emprunté à l'Intéressé, de Nicolo Secchi. L'auteur italien a fourni à Molière le fond du sujet : le roman invraisemblable de la naissance et de la supposition d'Ascagne, son mariage secret moins croyable encore, enfin, tout ce qui complique l'intrigue de cette comédie. Riccoboni et Cailhava prétendent que la scène du dépit est elle-même empruntée à un canevas italien intitulé : gli Sdegni amorosi (les Dépits amoureux). Voltaire se borne à dire que l'idée de ce tableau charmant est ernpruntée à l'ode d'Horace: Donec gratus eram tibi. Le Dépit amoureux a été souvent arrangé, abrégé et joué en trois ou deux actes, ou même en un acte.

lunes, 31 de marzo de 2014




       L'Étourdi de Molière - Teaser (par l'Acting Studio)


 

Acte 2

 ACTE II, SCÈNE PREMIÈRE

MASCARILLE, LÉLIE.

MASCARILLE
À vos désirs enfin il a fallu se rendre,
Malgré tous mes serments je n’ai pu m’en défendre,
Et pour vos intérêts que je voulais laisser,
En de nouveaux périls viens de m’embarrasser ;
Je suis ainsi facile, et si de Mascarille
Madame la nature avait fait une fille,
Je vous laisse à penser ce que ç’aurait été.
Toutefois, n’allez pas sur cette sûreté
Donner de vos revers au projet que je tente,
Me faire une bévue, et rompre mon attente ;
Auprès d’Anselme encor nous vous excuserons,
Pour en pouvoir tirer ce que nous désirons ;
Mais si dorénavant votre imprudence éclate,
Adieu vous dis mes soins pour l’objet qui vous flatte.

LÉLIE
Non, je serai prudent, te dis-je, ne crains rien,
Tu verras seulement...

MASCARILLE
Souvenez-vous-en bien :
J’ai commencé pour vous un hardi stratagème :
Votre père fait voir une paresse extrême
À rendre par sa mort tous vos désirs contents,
Je viens de le tuer, de parole, j’entends,
Je fais courir le bruit que d’une apoplexie,
Le bonhomme surpris a quitté cette vie ;
Mais avant, pour pouvoir mieux feindre ce trépas,
J’ai fait que vers sa grange il a porté ses pas ;
On est venu lui dire, et par mon artifice,
Que les ouvriers qui sont après son édifice,
Parmi les fondements qu’ils en jettent encor,

Avaient fait par hasard rencontre d’un trésor ;
Il a volé d’abord, et comme à la campagne
Tout son monde à présent hors nous deux l’accompagne,
Dans l’esprit d’un chacun je le tue aujourd’hui,
Et produis un fantôme enseveli pour lui:
Enfin je vous ai dit à quoi je vous engage,
Jouez bien votre rôle, et pour mon personnage,
Si vous apercevez que j’y manque d’un mot,
Dites absolument que je ne suis qu’un sot.

LÉLIE, seul.
Son esprit, il est vrai, trouve une étrange voie

Pour adresser mes vœux au comble de leur joie ;
Mais quand d’un bel objet on est bien amoureux,
Que ne ferait-on pas pour devenir heureux ?
Si l’amour est au crime une assez belle excuse,
Il en peut bien servir à la petite ruse,
   Que sa flamme aujourd’hui me force d’approuver
Par la douceur du bien qui m’en doit arriver :
Juste Ciel ! qu’ils sont prompts ! je les vois en parole,
Allons nous préparer à jouer notre rôle.

 SCÈNE II

MASCARILLE, ANSELME.

MASCARILLE
La nouvelle a sujet de vous surprendre fort.

ANSELME
Etre mort de la sorte !

MASCARILLE

Il a certes grand tort.

Je lui sais mauvais gré d’une telle incartade.

ANSELME

N’avoir pas seulement le temps d’être malade !

MASCARILLE

Non, jamais homme n’eut si hâte de mourir.

ANSELME

Et Lélie ?

MASCARILLE

Il se bat, et ne peut rien souffrir :

Il s’est fait en maints lieux contusion et bosse,
Et veut accompagner son papa dans la fosse :
Enfin, pour achever, l’excès de son transport
M’a fait en grande hâte ensevelir le mort,
De peur que cet objet qui le rend hypocondre,

À faire un vilain coup ne me l’allât semondre.

ANSELME

N’importe, tu devais attendre jusqu’au soir,
Outre qu’encore un coup j’aurais voulu le voir.
Qui tôt ensevelit, bien souvent assassine,
Et tel est cru défunt qui n’en a que la mine.

MASCARILLE
    Je vous le garantis trépassé comme il faut ;
Au reste, pour venir au discours de tantôt,
Lélie, et l’action lui sera salutaire,
D’un bel enterrement veut régaler son père,
Et consoler un peu ce défunt de son sort,

Par le plaisir de voir faire honneur à sa mort ;
Il hérite beaucoup, mais comme en ses affaires,
Il se trouve assez neuf, et ne voit encor guères ;
Que son bien la plupart n’est point en ces quartiers,
Ou que ce qu’il y tient consiste en des papiers ;
Il voudrait vous prier, ensuite de l’instance
D’excuser de tantôt son trop de violence,
De lui prêter au moins pour ce dernier devoir...

ANSELME
Tu me l’as déjà dit, et je m’en vais le voir.

MASCARILLE
Jusques ici du moins tout va le mieux du monde :
Tâchons à ce progrès que le reste réponde,
Et de peur de trouver dans le port un écueil,
Conduisons le vaisseau de la main et de l’œil.

 SCÈNE III

LÉLIE, ANSELME, MASCARILLE.

ANSELME
Sortons, je ne saurais qu’avec douleur très forte,
Le voir empaqueté de cette étrange sorte:
Las ! en si peu de temps ! il vivait ce matin !

MASCARILLE
En peu de temps parfois on fait bien du chemin.

LÉLIE
Ah !

ANSELME
Mais quoi ? cher Lélie, enfin il était homme :
On n’a point pour la mort de dispense de Rome.

LÉLIE
Ah !

ANSELME
Sans leur dire gare elle abat les humains,

Et contre eux de tout temps a de mauvais desseins.

LÉLIE
Ah !

ANSELME
Ce fier animal pour toutes les prières,
Ne perdrait pas un coup de ses dents meurtrières,
Tout le monde y passe.

LÉLIE
Ah !

MASCARILLE
Vous avez beau prêcher,
Ce deuil enraciné ne se peut arracher.

ANSELME
Si malgré ces raisons votre ennui persévère,
Mon cher Lélie, au moins, faites qu’il se modère.

LÉLIE
Ah !

MASCARILLE
Il n’en fera rien, je connais son humeur.

ANSELME
Au reste, sur l’avis de votre serviteur,
J’apporte ici l’argent qui vous est nécessaire,
Pour faire célébrer les obsèques d’un père...

LÉLIE
Ah ! Ah !

MASCARILLE
Comme à ce mot s’augmente sa douleur,
Il ne peut sans mourir, songer à ce malheur.

ANSELME
Je sais que vous verrez aux papiers du bonhomme,
Que je suis débiteur d’une plus grande somme :
Mais, quand par ces raisons je ne vous devrais rien,
Vous pourriez librement disposer de mon bien.
Tenez, je suis tout vôtre, et le ferai paraître.

LÉLIE, s’en allant.
Ah !

MASCARILLE
Le grand déplaisir que sent Monsieur mon maître !

ANSELME
Mascarille, je crois qu’il serait à propos,
Qu’il me fît de sa main un reçu de deux mots.

MASCARILLE
Ah !

ANSELME
Des événements l’incertitude est grande.

MASCARILLE
Ah !

ANSELME
Faisons-lui signer le mot que je demande.

MASCARILLE
Las ! en l’état qu’il est comment vous contenter !
Donnez-lui le loisir de se désattrister ;
Et quand ses déplaisirs prendront quelque allégeance,
J’aurai soin d’en tirer d’abord votre assurance.
Adieu, je sens mon cœur qui se gonfle d’ennui,
Et m’en vais tout mon soûl pleurer avecque lui !
Ah !

ANSELME, seul.
Le monde est rempli de beaucoup de traverses,
    Chaque homme tous les jours en ressent de diverses,
Et jamais ici-bas...

 SCÈNE IV

PANDOLPHE, ANSELME

ANSELME
Ah ! bons dieux, je frémi !
Pandolfe qui revient ! fût-il bien endormi.
Comme depuis sa mort sa face est amaigrie !
Las ! ne m’approchez pas de plus près, je vous prie ;

J’ai trop de répugnance à coudoyer un mort.

PANDOLFE

D’où peut donc provenir ce bizarre transport ?

ANSELME

Dites-moi de bien loin quel sujet vous amène.
Si pour me dire adieu vous prenez tant de peine,
C’est trop de courtoisie, et véritablement,

Je me serais passé de votre compliment.
Si votre âme est en peine et cherche des prières,
Las ! je vous en promets, et ne m’effrayez guères.
Foi d’homme épouvanté, je vais faire à l’instant
Prier tant Dieu pour vous, que vous serez content.

Disparaissez donc, je vous prie,
Et que le Ciel par sa bonté,
Comble de joie et de santé
Votre défunte seigneurie.

PANDOLFE, riant.

Malgré tout mon dépit, il m’y faut prendre part.

ANSELME

Las ! pour un trépassé vous êtes bien gaillard !

PANDOLFE

Est-ce jeu ? dites-nous, ou bien si c’est folie,
Qui traite de défunt une personne en vie ?

ANSELME

Hélas ! vous êtes mort, et je viens de vous voir.

PANDOLFE

Quoi ? j’aurais trépassé sans m’en apercevoir ?

ANSELME

Sitôt que Mascarille en a dit la nouvelle,
J’en ai senti dans l’âme une douleur mortelle.

PANDOLFE

Mais enfin dormez-vous ? êtes-vous éveillé ?
Me connaissez-vous pas ?

ANSELME

Vous êtes habillé

D’un corps aérien qui contrefait le vôtre,

Mais qui dans un moment peut devenir tout autre.
Je crains fort de vous voir comme un géant grandir,
Et tout votre visage affreusement laidir.
Pour Dieu, ne prenez point de vilaine figure ;
J’ai prou de ma frayeur en cette conjoncture.

PANDOLFE

En une autre saison, cette naïveté,
Dont vous accompagnez votre crédulité,
Anselme, me serait un charmant badinage,
Et j’en prolongerais le plaisir davantage :
Mais avec cette mort un trésor supposé,

Dont parmi les chemins on m’a désabusé,
Fomente dans mon âme un soupçon légitime.
Mascarille est un fourbe, et fourbe fourbissime,
Sur qui ne peuvent rien la crainte, et le remords,
Et qui pour ses desseins a d’étranges ressorts.

ANSELME

M’aurait-on joué pièce, et fait supercherie ?
Ah ! vraiment ma raison vous seriez fort jolie !
Touchons un peu pour voir : en effet, c’est bien lui.
Malepeste du sot, que je suis aujourd’hui !
De grâce, n’allez pas divulguer un tel conte ;

On en ferait jouer quelque farce à ma honte :
Mais, Pandolfe, aidez-moi vous-même à retirer
L’argent que j’ai donné pour vous faire enterrer.

PANDOLFE

De l’argent, dites-vous ? ah ! voilà l’enclouure.
Voilà le nœud secret de toute l’aventure;

À votre dam. Pour moi, sans m’en mettre en souci,
Je vais faire informer de cette affaire ici,
Contre ce Mascarille, et si l’on peut le prendre,
Quoi qu’il puisse coûter, je veux le faire pendre.

ANSELME

Et moi, la bonne dupe, à trop croire un vaurien,
    Il faut donc qu’aujourd’hui je perde, et sens, et bien ?
Il me sied bien, ma foi, de porter tête grise,
Et d’être encor si prompt à faire une sottise !
D’examiner si peu sur un premier rapport...
Mais je vois...

 SCÈNE V

LÉLIE, ANSELME.
LÉLIE

Maintenant, avec ce passe-port,

Je puis à Trufaldin rendre aisément visite.

ANSELME

À ce que je puis voir, votre douleur vous quitte ?

LÉLIE

Que dites-vous ! jamais elle ne quittera,
Un cœur qui chèrement toujours la nourrira.

ANSELME

Je reviens sur mes pas, vous dire, avec franchise,

Que tantôt avec vous j’ai fait une méprise ;
Que parmi ces louis, quoiqu’ils semblent très beaux,
J’en ai sans y penser mêlé que je tiens faux,
Et j’apporte sur moi de quoi mettre en leur place :
De nos faux-monnoyeurs l’insupportable audace,

Pullule en cet État d’une telle façon,
Qu’on ne reçoit plus rien qui soit hors de soupçon :
Mon Dieu, qu’on ferait bien de les faire tous pendre !

LÉLIE

Vous me faites plaisir de les vouloir reprendre ;
Mais je n’en ai point vu de faux, comme je croi.

ANSELME

Je les connaîtrai bien, montrez, montrez-les-moi :
Est-ce tout ?

LÉLIE

Oui.

ANSELME

Tant mieux ; enfin je vous raccroche,

Mon argent bien aimé, rentrez dedans ma poche ;
Et vous, mon brave escroc, vous ne tenez plus rien ;
Vous tuez donc des gens qui se portent fort bien ;

Et qu’auriez-vous donc fait sur moi, chétif beau-père ?
Ma foi, je m’engendrais d’une belle manière !
Et j’allais prendre en vous un beau-fils fort discret.
Allez, allez mourir de honte, et de regret.

LÉLIE

Il faut dire : "J’en tiens" ; quelle surprise extrême !
    D’où peut-il avoir su sitôt le stratagème !

 SCÈNE VI

MASCARILLE, LÉLIE.

MASCARILLE

Quoi ? vous étiez sorti ? je vous cherchais partout :
Hé bien ? en sommes-nous enfin venus à bout ;
Je le donne en six coups au fourbe le plus brave,
Çà, donnez-moi que j’aille acheter notre esclave,

Votre rival après sera bien étonné.

LÉLIE

Ah ! mon pauvre garçon, la chance a bien tourné,
Pourrais-tu de mon sort deviner l’injustice ?

MASCARILLE

Quoi ? que serait-ce ?

LÉLIE

Anselme instruit de l’artifice,

M’a repris maintenant tout ce qu’il nous prêtait,

Sous couleur de changer de l’orque l’on doutait.

MASCARILLE

Vous vous moquez peut-être ?

LÉLIE

Il est trop véritable.

MASCARILLE

Tout de bon ?

LÉLIE

Tout de bon, j’en suis inconsolable ;

Tu te vas emporter d’un courroux sans égal.

MASCARILLE

Moi, monsieur ? Quelque sot ! la colère fait mal ;

Et je veux me choyer, quoi qu’enfin il arrive :
Que Célie après tout soit ou libre, ou captive ;
Que Léandre l’achète, ou qu’elle reste là,
Pour moi, je m’en soucie autant que de cela.

LÉLIE

Ah ! n’aye point pour moi si grande indifférence,

Et sois plus indulgent à ce peu d’imprudence.
Sans ce dernier malheur, ne m’avoueras-tu pas,
Que j’avais fait merveille ? et qu’en ce feint trépas
J’éludais  un chacun d’un deuil si vraisemblable,
Que les plus clairvoyants l’auraient cru véritable.

MASCARILLE

Vous avez en effet sujet de vous louer.

LÉLIE

Hé bien, je suis coupable, et je veux l’avouer ;
Mais, si jamais mon bien te fut considérable ,
Répare ce malheur, et me sois secourable.

MASCARILLE

Je vous baise les mains, je n’ai pas le loisir.

LÉLIE

Mascarille, mon fils.

MASCARILLE

Point.

LÉLIE

Fais-moi ce plaisir.

MASCARILLE

Non, je n’en ferai rien.

LÉLIE

Si tu m’es inflexible,

Je m’en vais me tuer.

MASCARILLE

Soit, il vous est loisible.

LÉLIE

Je ne te puis fléchir ?

MASCARILLE

Non.

LÉLIE

Vois-tu le fer prêt ?

MASCARILLE

Oui.

LÉLIE

Je vais le pousser.

MASCARILLE

Faites ce qu’il vous plaît.

LÉLIE

Tu n’auras pas regret de m’arracher la vie ?

MASCARILLE

Non.

LÉLIE

Adieu, Mascarille.

MASCARILLE

Adieu, Monsieur Lélie.

LÉLIE

Quoi... ?

MASCARILLE

Tuez-vous donc vite : ah ! que de longs devis !

LÉLIE

Tu voudrais bien, ma foi, pour avoir mes habits,
Que je fisse le sot, et que je me tuasse.

MASCARILLE
    Savais-je pas qu’enfin ce n’était que grimace ;
Et, quoi que ces esprits jurent d’effectuer,
Qu’on n’est point aujourd’hui si prompt à se tuer.

 SCÈNE VII

LÉANDRE, TRUFALDIN, LÉLIE, MASCARILLE.
   
LÉLIE
Que vois-je ! mon rival et Trufaldin ensemble !
Il achète Célie ; ah ! de frayeur je tremble.

MASCARILLE
Il ne faut point douter qu’il fera ce qu’il peut,
Et, s’il a de l’argent, qu’il pourra ce qu’il veut :
Pour moi, j’en suis ravi : voilà la récompense
De vos brusques erreurs, de votre impatience.

LÉLIE
Que dois-je faire ? dis, veuille me conseiller.

MASCARILLE
Je ne sais.

LÉLIE

Laisse-moi, je vais le quereller.

MASCARILLE
Qu’en arrivera-t-il ?

LÉLIE
Que veux-tu que je fasse
Pour empêcher ce coup ?

MASCARILLE
Allez, je vous fais grâce ;
Je jette encore un œil pitoyable sur vous,
Laissez-moi l’observer ; par des moyens plus doux ;

Je vais, comme je crois, savoir ce qu’il projette.

TRUFALDIN
Quand on viendra tantôt, c’est une affaire faite.

MASCARILLE
Il faut que je l’attrape, et que de ses desseins
Je sois le confident pour mieux les rendre vains.

LÉANDRE 
Grâces au Ciel, voilà mon bonheur hors d’atteinte,
J’ai su me l’assurer, et je n’ai plus de crainte ;
Quoi que désormais puisse entreprendre un rival,
Il n’est plus en pouvoir de me faire du mal.

MASCARILLE
Ahi, ahi, à l’aide, au meurtre, au secours, on m’assomme,
Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ô traître ! ô bourreau d’homme !

LÉANDRE
D’où procède cela ? qu’est-ce ? que te fait-on ?

MASCARILLE
On vient de me donner deux cents coups de bâton.

LÉANDRE
Qui ?

MASCARILLE
Lélie.

LÉANDRE
Et pourquoi ?

MASCARILLE
Pour une bagatelle,
Il me chasse et me bat d’une façon cruelle.

LÉANDRE
Ah ! vraiment il a tort.

MASCARILLE
Mais, ou je ne pourrai,
Ou je jure bien fort, que je m’en vengerai ;
Oui, je te ferai voir, batteur que Dieu confonde,
Que ce n’est pas pour rien qu’il faut rouer le monde :
Que je suis un valet, mais fort homme d’honneur,
Et qu’après m’avoir eu quatre ans pour serviteur,
Il ne me fallait pas payer en coups de gaules,
Et me faire un affront si sensible aux épaules :
Je te le dis encor, je saurai m’en venger ;
Une esclave te plaît, tu voulais m’engager
À la mettre en tes mains, et je veux faire en sorte

Qu’un autre te l’enlève, ou le diable m’emporte.

LÉANDRE
Écoute, Mascarille, et quitte ce transport ;
Tu m’as plu de tout temps, et je souhaitais fort
Qu’un garçon comme toi plein d’esprit et fidèle,
À mon service un jour pût attacher son zèle :
Enfin, si le parti te semble bon pour toi,
Si tu veux me servir, je t’arrête, avec moi.

MASCARILLE
Oui, Monsieur, d’autant mieux que le destin propice
M’offre à me bien venger en vous rendant service,
Et que dans mes efforts pour vos contentements,
Je puis à mon brutal trouver des châtiments.
De Célie en un mot par mon adresse extrême...

LÉANDRE
Mon amour s’est rendu cet office lui-même,
Enflammé d’un objet qui n’a point de défaut,
Je viens de l’acheter moins encor qu’il ne vaut.

MASCARILLE
Quoi ? Célie est à vous ?

LÉANDRE
Tu la verrais paraître,
Si de mes actions j’étais tout à fait maître :
Mais quoi ! mon père l’est : comme il a volonté,
Ainsi que je l’apprends d’un paquet apporté,
De me déterminer à l’hymen d’Hippolyte,
J’empêche qu’un rapport de tout ceci l’irrite.
Donc avec Trufaldin ; car je sors de chez lui,
J’ai voulu tout exprès agir au nom d’autrui,
Et l’achat fait, ma bague est la marque choisie,
Sur laquelle au premier il doit livrer Célie ;
Je songe auparavant à chercher les moyens
D’ôter aux yeux de tous ce qui charme les miens,
À trouver promptement un endroit favorable,
Où puisse être en secret cette captive aimable.

MASCARILLE
Hors de la ville un peu, je puis avec raison,
D’un vieux parent que j’ai vous offrir la maison,
Là, vous pourrez la mettre avec toute assurance,
Et de cette action nul n’aura connaissance.

LÉANDRE
Oui, ma foi, tu me fais un plaisir souhaité.
Tiens donc, et va pour moi prendre cette beauté,
    Dès que par Trufaldin ma bague sera vue,
Aussitôt en tes mains elle sera rendue,
Et dans cette maison tu me la conduiras
Quand... Mais chut, Hippolyte est ici sur nos pas.

 SCÈNE VIII

HIPPOLYTE, LÉANDRE, MASCARILLE.

HIPPOLYTE
Je dois vous annoncer, Léandre, une nouvelle ;
Mais la trouverez-vous agréable, ou cruelle ?

LÉANDRE
Pour en pouvoir juger, et répondre soudain,
Il faudrait la savoir.

HIPPOLYTE
Donnez-moi donc la main
Jusqu’au temple, en marchant je pourrai vous l’apprendre.

LÉANDRE
Va, va-t’en me servir sans davantage attendre.

MASCARILLE

Oui, je te vais servir d’un plat de ma façon ;
Fut-il jamais au monde un plus heureux garçon !
Oh ! que dans un moment Lélie aura de joie !
Sa maîtresse en nos mains tomber par cette voie !
Recevoir tout son bien, d’où l’on attend le mal!
    Et devenir heureux par la main d’un rival !
Après ce rare exploit, je veux que l’on s’apprête
À me peindre en héros un laurier sur la tête,
Et qu’au bas du portrait on mette en lettres d’or,
Vivat Mascarillus, fourbum imperator.

 SCÈNE IX

TRUFALDIN, MASCARILLE.

MASCARILLE

Holà !

TRUFALDIN

Que voulez-vous ?

MASCARILLE
   Cette bague connue,

Vous dira le sujet qui cause ma venue.

TRUFALDIN

Oui, je reconnais bien la bague que voilà :
Je vais quérir l’esclave, arrêtez un peu là.

 SCÈNE X

LE COURRIER, TRUFALDIN, MASCARILLE.

LE COURRIER

Seigneur, obligez-moi de m’enseigner un homme...

TRUFALDIN

Et qui ?

LE COURRIER
800 Je crois que c’est Trufaldin qu’il se nomme.

TRUFALDIN

Et que lui voulez-vous ? Vous le voyez ici.

LE COURRIER

Lui rendre seulement la lettre que voici.

Lettre.

Le Ciel dont la bonté prend souci de ma vie,
Vient de me faire ouïr par un bruit assez doux,

Que ma fille à quatre ans par des voleurs ravie,
Sous le nom de Célie est esclave chez vous.

Si vous sûtes jamais ce que c’est qu’être père,
Et vous trouvez sensible aux tendresses du sang,
Conservez-moi chez vous cette fille si chère,

Comme si de la vôtre elle tenait le rang.
Pour l’aller retirer, je pars d’ici moi-même,
Et vous vais de vos soins récompenser si bien,
Que par votre bonheur que je veux rendre extrême,
Vous bénirez le jour où vous causez le mien.

De Madrid.
Dom Pedro de Gusman,

Marquis de Montalcane.

TRUFALDIN

Quoiqu’à leur nation bien peu de foi soit due,
Ils me l’avaient bien dit, ceux qui me l’ont vendue,
Que je verrais dans peu quelqu’un la retirer,
Et que je n’aurais pas sujet d’en murmurer :
Et cependant j’allais par mon impatience,

Perdre aujourd’hui les fruits d’une haute espérance.
Un seul moment plus tard tous vos pas étaient vains,
J’allais mettre en l’instant cette fille en ses mains ;
Mais suffit, j’en aurai tout le soin qu’on désire.
Vous-même vous voyez ce que je viens de lire :

Vous direz à celui qui vous a fait venir,
Que je ne lui saurais ma parole tenir.
Qu’il vienne retirer son argent.

MASCARILLE

Mais l’outrage

Que vous lui faites...

TRUFALDIN

Va, sans causer davantage.

MASCARILLE

Ah ! le fâcheux paquet que nous venons d’avoir !

Le sort a bien donné la baye à mon espoir !
Et bien à la male-heure est-il venu d’Espagne,
Ce courrier que la foudre, ou la grêle accompagne;
Jamais, certes, jamais, plus beau commencement,
N’eut en si peu de temps plus triste événement.

 SCÈNE XI

LÉLIE, MASCARILLE.

MASCARILLE
835 Quel beau transport de joie à présent vous inspire ?

LÉLIE
Laisse-m’en rire encore avant que te le dire.

MASCARILLE
Çà, rions donc bien fort, nous en avons sujet.

LÉLIE
Ah ! je ne serai plus de tes plaintes l’objet.
Tu ne me diras plus, toi qui toujours me cries,
Que je gâte en brouillon toutes tes fourberies :
J’ai bien joué moi-même un tour des plus adroits.
Il est vrai, je suis prompt, et m’emporte parfois ;
Mais pourtant, quand je veux, j’ai l’imaginative
Aussi bonne en effet, que personne qui vive ;
Et toi-même avoueras que ce que j’ai fait part
D’une pointe d’esprit où peu de monde a part.

MASCARILLE
Sachons donc ce qu’a fait cette imaginative.

LÉLIE
Tantôt, l’esprit ému d’une frayeur bien vive,
D’avoir vu Trufaldin avecque mon rival,
Je songeais à trouver un remède à ce mal,
Lorsque me ramassant tout entier en moi-même,
J’ai conçu, digéré, produit un stratagème,
Devant qui tous les tiens, dont tu fais tant de cas,
Doivent sans contredit, mettre pavillon bas.

MASCARILLE
Mais qu’est-ce ?

LÉLIE
Ah ! s’il te plaît, donne-toi patience ;
J’ai donc feint une lettre avecque diligence,
Comme d’un grand seigneur écrite à Trufaldin,
Qui mande, qu’ayant su par un heureux destin,
Qu’une esclave qu’il tient sous le nom de Célie
Est sa fille autrefois par des voleurs ravie ;
Il veut la venir prendre, et le conjure au moins
De la garder toujours, de lui rendre des soins ;
Qu’à ce sujet il part d’Espagne, et doit pour elle
Par de si grands présents reconnaître son zèle,
Qu’il n’aura point regret de causer son bonheur.

MASCARILLE
Fort bien.

LÉLIE
Écoute donc ; voici bien le meilleur.
La lettre que je dis a donc été remise ;
Mais, sais-tu bien comment ? En saison si bien prise,
Que le porteur m’a dit que sans ce trait falot,
Un homme l’emmenait qui s’est trouvé fort sot.

MASCARILLE
Vous avez fait ce coup sans vous donner au diable?

LÉLIE
Oui, d’un tour si subtil m’aurais-tu cru capable ?
Loue au moins mon adresse, et la dextérité,
Dont je romps d’un rival le dessein concerté.

MASCARILLE
À vous pouvoir louer selon votre mérite,
Je manque d’éloquence, et ma force est petite ;
Oui, pour bien étaler cet effort relevé,
Ce bel exploit de guerre à nos yeux achevé,
Ce grand et rare effet d’une imaginative,
Qui ne cède en vigueur à personne qui vive,
Ma langue est impuissante, et je voudrais avoir
Celles de tous les gens du plus exquis savoir,
Pour vous dire en beaux vers, ou bien en docte prose,
Que vous serez toujours, quoi que l’on se propose,
Tout ce que vous avez été durant vos jours ;
C’est-à-dire, un esprit chaussé tout à rebours,
Une raison malade, et toujours en débauche,
Un envers du bon sens, un jugement à gauche,
Un brouillon, une bête, un brusque, un étourdi,
Que sais-je, un... cent fois plus encor que je ne dis,
C’est faire en abrégé votre panégyrique.

LÉLIE
Apprends-moi le sujet qui contre moi te pique :
Ai-je fait quelque chose ? éclaircis-moi ce point.

MASCARILLE
Non, vous n’avez rien fait ; mais ne me suivez point.

LÉLIE
Je te suivrai partout, pour savoir ce mystère.

MASCARILLE
Oui ? sus donc, préparez vos jambes à bien faire ;
Car je vais vous fournir de quoi les exercer.

LÉLIE
Il m’échappe ! ô malheur qui ne se peut forcer!
Au discours qu’il m’a fait que saurais-je comprendre ?
Et quel mauvais office aurais-je pu me rendre ?