martes, 8 de abril de 2014


Sganarelle ou le Cocu imaginaire


C'est une comédie en un acte et en vers, représentée le 28 mai 1660, au théâtre du Petit-Bourbon. par la troupe de Monsieur, frère unique du Roi. Elle comporte 9 personnages soit Sganarelle, sa femme, Lélie, Célie, Gorgibus, La suivante, Gros-René, Le parent et Villebrequin.





  
Résumé :



Comédie en un acte et en vers, représentée le 28 mai 1660, au théâtre du Petit-Bourbon. Alors que la jeune Célie a d’abord été fiancée à Lélie, son père, Gorgibus, bon bourgeois de Paris, entend la marier à Valère, le fils de Villebrequin, dont les biens sont plus considérables. Célie se désespère et, en s’évanouissant, laisse tomber un portrait de Lélie. Sganarelle survient et aide à transporter la jeune fille chez elle ; mais sa femme, qui a aperçu la scène de sa fenêtre, pense qu’il la trompe. Elle sort, ramasse et contemple le portrait, ce qui laisse croire à Sganarelle, de retour, qu’elle a un amant. Lélie revient, s’étonne de voir son portrait entre les mains de Sganarelle, alors que Sganarelle s’irrite contre lui, car il le croit amant de sa femme. Lélie, pour sa part, pense que sa bien aimée est mariée à Sganarelle et il est sur le point de se trouver mal quand la femme de Sganarelle l’invite à entrer chez elle pour se remettre. Sganarelle a observé la scène ; il y voit la preuve de son infortune et se lamente en compagnie de Célie, victime de la même mésaventure. Sganarelle prononce un long monologue qui traduit ses hésitations à agir, car il est tantôt animé par son courroux et son désir de vengeance, tantôt paralysé par la crainte d’être battu. Il recherche Lélie, le menace de son épée, mais prend peur dès que celui-ci se retourne, prétend que ses armes ne sont qu’un déguisement, et doit se donner des soufflets pour s’exciter. Heureusement, une suivante qui a tout vu dissipe les quiproquos et tout rentre dans l’ordre.

Cette œuvre connaît un succès durable, puisque Molière la donne cent vingt-deux fois durant sa carrière, souvent en complément d’une pièce plus conséquente.

lunes, 7 de abril de 2014

Les Précieuses ridicules



Comédie représentée pour la première fois sur le théâtre du Petit-Bourbon le 18 novembre 1659 par la Troupe de Monsieur, frère unique du Roi.


La préface de Molière.
PERSONNAGES

LA GRANGE: amant rebuté.

DU CROISY: amant rebuté.

GORGIBUS: bon bourgeois.

MAGDELON: fille de Gorgibus, précieuse ridicule.

CATHOS: nièce de Gorgibus, précieuse ridicule.

MAROTTE: servante des précieuses ridicules.

ALMANZOR: laquais des précieuses ridicules.

MASCARILLE: valet de la Grange.

JODELET: valet de du Croisy.

Deux porteurs de chaises

Voisines

Violons


Résumé
 

Les Précieuses ridiculesLa fille et la nièce d’un bon bourgeois, nommé M. Gorgibus, sont deux pédantes qui ne rêvent que de se voir entourées de beaux esprits, gens à la mode qui ne parlent que dans un style prétentieux ; elles ont changé leurs noms de Madelon et de Cathos pour les noms plus sonores d’Aminte et de Polixène et elles se posent en précieuses. Gorgibus, qui, avant tout, est un homme de gros bon sens, veut marier ces jeunes filles avec deux jeunes gens de bonne maison, nommés La Orange et du Croisy. Ces jeunes gens s’expriment avec simplicité et naturel, ce qui ne les recommande pas auprès de Cathos et de Madelon qui les éconduisent avec mépris. Les deux gentilshommes jurent de se venger et envoient chez elles, à cet effet, deux valets impudents, qui se donnent pour des hommes de qualité.
Nos deux sottes prennent les extravagances du marquis de Mascarille et du vicomte de Jodelet, puisque tels sont les noms qu’ils se sont donnés, pour la perfection de l’esprit et de la galanterie. Tout à coup, les maîtres arrivent, le bâton à la main, chercher leurs domestiques ; ils ne manquent pas de railler les coquettes sur le choix de leurs admirateurs et les laissent confondues et accablées de honte. Gorgibus les engage un peu rudement à profiter de la leçon et elles disparaissent devant cette apostrophe foudroyante : « Allez-vous cacher, vilaines, allez-vous cacher. »
Attaquer la sentimentalité des précieuses, ridiculiser leur afféterie et celle des gens de lettres qui s’étaient faits leurs courtisans, c’était de la part de Molière non seulement un acte de haute raison et de bon goût, mais encore un acte de courage, puisqu’il s’en prenait d’une part à des écrivains qui jouissaient d’une grande faveur, et de l’autre à des femmes à qui leur position sociale assurait un grand crédit. Aussi, pour atténuer ce qu’il y avait de téméraire dans sa critique, Molière eut-il soin, dans le titre de sa pièce, d’ajouter au mot précieuses l’épithète ridicules, donnant de la sorte à entendre qu’il faisait deux catégories, qu’il acceptait, avec le public de son temps, le nom de précieuses, comme honorable pour une femme lorsqu’il impliquait l’idée d’une noble fierté, la délicatesse du sentiment, la finesse de l’esprit et de l’instruction, mais qu’il le vouait à l’ironie et au sarcasme de la foule lorsqu’il ne représentait que l’exagération de la pruderie, l’hypocrisie de la délicatesse et la vanité du bel esprit.


sábado, 5 de abril de 2014

 

Les Femmes savantes

Résumé

La pièce raconte l'histoire d'une famille, où la mère (Philaminte), la belle-sœur de cette dernière (Bélise) et une de ses deux filles (Armande) sont sous l'emprise d'un faux savant aux dents longues (Trissotin). Ce dernier, beau parleur, les subjugue de ses poèmes et savoirs pédants mais, en vérité, s'intéresse plus à l'argent de la famille qu'à l'érudition des trois femmes. Cette situation désole le reste de la famille, à savoir le mari de Philaminte (Chrysale), le frère de ce dernier (Ariste) et la cadette des filles (Henriette) ; mais ces derniers ne s'opposent pas frontalement aux « chimères » des autres femmes de la famille.
Pendant longtemps, Clitandre a courtisé Armande, sœur d'Henriette, mais cette dernière s'est toujours refusée à lui, lui préférant « les beaux feux de la philosophie ». Clitandre est alors devenu amoureux de Henriette, et tous deux veulent se marier.
Dans ce but, ils vont devoir obtenir le soutien de la famille. Chrysale et Ariste sont favorables au mariage. Mais le reste de la famille, c'est-à-dire les trois « femmes savantes », s'y opposent. Philaminte veut qu'Henriette épouse Trissotin, pour asseoir son alliance avec la science et la philosophie. Cette volonté est appuyée par Bélise et Armande. Cette dernière exprime une certaine jalousie que sa sœur convole avec son ancien soupirant.
Chrysale ne veut pas s'opposer fermement aux volontés de son épouse, et il semble que le mariage d'Henriette et Clitandre soit compromis, à l'avantage de Trissotin. Les deux amants tentent alors de s'opposer au philosophe mais aucun ne réussit, jusqu'à ce qu'Ariste parvienne à déjouer la duplicité de Trissotin ; Henriette peut alors se marier avec Clitandre.

Les personnages

  • Philaminte, la mère. C'est elle qui dirige la petite « académie » et qui a découvert Trissotin. Parce que celui-ci flatte son orgueil, elle le considère comme un grand savant au point qu'elle pense réellement qu'il peut faire un bon parti pour sa fille. Elle milite également pour la « libération » des femmes et s'attache à diriger la maisonnée, même si c'est en dépit du bon sens.
  • Bélise, la tante. Sœur de Chrysale, c'est une vieille fille qui ne s'est jamais mariée, et l'on devine que c'est en partie par dépit qu'elle a rejoint les « femmes savantes ». Elle se croit cependant irrésistible et s'invente des soupirants ; elle s'imagine en particulier que Clitandre est amoureux d'elle et qu'Henriette n'est qu'un prétexte.
  • Armande, la fille aînée. Autrefois courtisée par Clitandre, elle l'a rejeté et celui-ci est alors tombé amoureux de sa sœur Henriette. Elle prétend que cela la laisse indifférente, mais en fait, elle est jalouse de sa sœur et n'a qu'un but : empêcher les deux amoureux de se marier.
  • Trissotin, un pédant. Bien qu'il se vante d'être un grand connaisseur en lettres et en sciences, il est tout juste bon à faire des vers que seules Philaminte, Bélise et Armande apprécient. Il semble ne s'intéresser aux femmes savantes plus pour leur argent que pour l'érudition de ces dernières. Ce personnage est inspiré de l'abbé Charles Cotin. Les poèmes qu'il lit à la scène 2 de l'acte III sont inspirés de textes présents dans les Œuvres mêlées (1659) et les Œuvres diverses (1663, 1665) dudit abbé.
  • Vadius, un pédant comme Trissotin. Il est tour à tour son camarade et son rival. Sa querelle avec Trissotin sur leurs poèmes respectifs met en relief la petitesse d'esprit de ce dernier. Ce personnage est inspiré du grammairien Gilles Ménage. Une telle dispute est d'ailleurs réellement arrivée entre Charles Cotin et Gilles Ménage à l'époque de l'écriture de la pièce.
  • Chrysale, le père. Il se prétend le maître de la maison et affirme que les femmes ne doivent s'occuper de rien d'autre que des tâches ménagères ; cependant, il a du mal à contredire sa femme quand celle-ci prend ses décisions, notamment sur le renvoi de Martine.
  • Henriette, la fille cadette. C'est la seule femme de la famille qui ne fasse pas partie des « femmes savantes » : à leur galimatias pédant, elle préfère les sentiments qui la lient à Clitandre.
  • Clitandre, le soupirant d'Henriette. Autrefois amoureux d'Armande, il fut éconduit par celle-ci.
  • Ariste, l'oncle. Frère de Chrysale, il n'accepte pas de voir celui-ci se laisser mener par le bout du nez par sa femme, et apporte son soutien à Clitandre et Henriette.
  • Martine, la servante. Au début de la pièce, elle est renvoyée par Philaminte pour avoir parlé en dépit des règles de la grammaire. Elle revient à la fin pour défendre les arguments de Clitandre et d'Henriette.
  • Julien, le valet de Vadius.
  • Lépine, le valet de Trissotin.
  • Le notaire, chargé du mariage.

viernes, 4 de abril de 2014


Les Fourberies de Scapin


C'est une comédie de Molière en trois actes (comportant respectivement cinq, huit, et treize scènes) et en prose, créée au Théâtre du Palais-Royal le 24 mai 1671.

Cette comédie de Molière est fortement empreinte de comédie italienne. À sa création, le spectacle n'obtient alors pas un grand succès public. Nicolas Boileau lui reproche son côté populaire et Fénelon l'exagération des caractères. Son intrigue est en partie inspirée du Phormion de Térence1.


Argument

En l’absence de leurs pères partis en voyage, Octave, fils d’Argante ainsi que Léandre, fils de Géronte, se sont épris l’un de Hyacinte, jeune fille pauvre et de naissance inconnue qu’il vient d’épouser, le second de la « jeune Égyptienne » Zerbinette.

Au retour d’Argante, Octave, très inquiet de la réaction paternelle à l’annonce de son union et, de plus, fort à court d’argent, implore l'aide de Scapin, valet de Léandre. Mais cet « habile ouvrier de ressorts et d’intrigues » ne parvient pourtant pas à faire fléchir le vieillard.

Argante répète à Géronte la nouvelle qu’il tient d’une indiscrétion de Scapin : Léandre a commis une grave erreur. Aussi le jeune homme, fort mal accueilli par son père, corrige vertement le valet pour sa trahison. Mais il quitte bientôt son ressentiment pour le supplier de lui venir en aide : il lui faut payer une rançon pour Zerbinette s’il ne veut pas la voir enlevée par les Égyptiens.

Par de hardis stratagèmes, l’inventif Scapin ne tarde pas à extorquer la somme aux deux vieillards. Mais Scapin entend encore se venger de Géronte qui l’a desservi auprès de Léandre. Aussi lui fait-il croire qu’un prétendu frère de Hyacinte est à sa poursuite, résolu à lui ôter la vie pour le punir de vouloir faire rompre le mariage. Afin de le soustraire à ce danger, Scapin cache sa victime dans un sac, et lui donne de violents coups, tout en feignant de le protéger des spadassins qui sont à sa recherche. La fourberie de Scapin est éventée, et Géronte lui aurait fait payer cher sa fourberie, si par une diversion opportune une double reconnaissance n'eût révélé en Hyacinte la fille perdue de Géronte, et en Zerbinette celle d’Argante.

Scapin, qui feint d'être à l'agonie par suite d’un accident, demande et obtient le pardon des vieillards.






miércoles, 2 de abril de 2014

 

Le Dépit amoureux 

Le Dépit amoureux est une comédie en cinq actes et en vers deMolière, créée à Béziers le 16 décembre 1656, et représentée pour la première fois à Paris au Théâtre du Petit-Bourbon le 14 juin 1659 par la troupe de Monsieur, frère unique du Roi.
Molière s'est beaucoup inspiré du théâtre italien. D’ailleurs, l'intrigue du Dépit amoureux est copiée d'une comédie de Nicolo Secchi, La Cupidité.

Résumé

 

Deux jeunes gens, Éraste et Valère, courtisent la fille d'Albert, Lucile, dont le cœur penche vers Éraste. Ce dernier apprend de Mascarille, le valet de son rival, que, depuis trois jours, Lucile et Valère se sont mariés. Dans sa fureur, Éraste charge Marinette, la servante de Lucile, d'annoncer à sa maîtresse que leur relation est finie. Gros-René, le valet d'Éraste, se brouille également avec Marinette. S'ensuit un véritable dépit amoureux. Mais c’est seulement à la fin que l’histoire est démêlée.

Pour recueillir l'héritage d'un très riche parent, Albert devait avoir un fils. Malheureusement, sa femme ayant accouché d'une fille, il a substitué le fils de la bouquetière, mais ce bébé est mort à l'âge de dix mois. Sa femme a repris chez elle sa fille pour l'élever sous le nom d'Ascagne, à la place du garçon qu'elle n'avait pas eu. En effet c’est Ascagne, une sœur de Lucile, jusque-là dissimulée sous des vêtements d'homme, qui s'est unie secrètement à Valère, alors que celui-ci se croit l'époux de Lucile. Cependant Valère se console vite de sa mésaventure en se trouvant l'époux d'une femme charmante, et abandonne volontiers à son rival Éraste la main de Lucile. Gros-René et Marinette suivent l'exemple de leurs maîtres et se marient.

Le sujet du Dépit amoureux est emprunté à l'Intéressé, de Nicolo Secchi. L'auteur italien a fourni à Molière le fond du sujet : le roman invraisemblable de la naissance et de la supposition d'Ascagne, son mariage secret moins croyable encore, enfin, tout ce qui complique l'intrigue de cette comédie. Riccoboni et Cailhava prétendent que la scène du dépit est elle-même empruntée à un canevas italien intitulé : gli Sdegni amorosi (les Dépits amoureux). Voltaire se borne à dire que l'idée de ce tableau charmant est ernpruntée à l'ode d'Horace: Donec gratus eram tibi. Le Dépit amoureux a été souvent arrangé, abrégé et joué en trois ou deux actes, ou même en un acte.

lunes, 31 de marzo de 2014




       L'Étourdi de Molière - Teaser (par l'Acting Studio)


 

Acte 2

 ACTE II, SCÈNE PREMIÈRE

MASCARILLE, LÉLIE.

MASCARILLE
À vos désirs enfin il a fallu se rendre,
Malgré tous mes serments je n’ai pu m’en défendre,
Et pour vos intérêts que je voulais laisser,
En de nouveaux périls viens de m’embarrasser ;
Je suis ainsi facile, et si de Mascarille
Madame la nature avait fait une fille,
Je vous laisse à penser ce que ç’aurait été.
Toutefois, n’allez pas sur cette sûreté
Donner de vos revers au projet que je tente,
Me faire une bévue, et rompre mon attente ;
Auprès d’Anselme encor nous vous excuserons,
Pour en pouvoir tirer ce que nous désirons ;
Mais si dorénavant votre imprudence éclate,
Adieu vous dis mes soins pour l’objet qui vous flatte.

LÉLIE
Non, je serai prudent, te dis-je, ne crains rien,
Tu verras seulement...

MASCARILLE
Souvenez-vous-en bien :
J’ai commencé pour vous un hardi stratagème :
Votre père fait voir une paresse extrême
À rendre par sa mort tous vos désirs contents,
Je viens de le tuer, de parole, j’entends,
Je fais courir le bruit que d’une apoplexie,
Le bonhomme surpris a quitté cette vie ;
Mais avant, pour pouvoir mieux feindre ce trépas,
J’ai fait que vers sa grange il a porté ses pas ;
On est venu lui dire, et par mon artifice,
Que les ouvriers qui sont après son édifice,
Parmi les fondements qu’ils en jettent encor,

Avaient fait par hasard rencontre d’un trésor ;
Il a volé d’abord, et comme à la campagne
Tout son monde à présent hors nous deux l’accompagne,
Dans l’esprit d’un chacun je le tue aujourd’hui,
Et produis un fantôme enseveli pour lui:
Enfin je vous ai dit à quoi je vous engage,
Jouez bien votre rôle, et pour mon personnage,
Si vous apercevez que j’y manque d’un mot,
Dites absolument que je ne suis qu’un sot.

LÉLIE, seul.
Son esprit, il est vrai, trouve une étrange voie

Pour adresser mes vœux au comble de leur joie ;
Mais quand d’un bel objet on est bien amoureux,
Que ne ferait-on pas pour devenir heureux ?
Si l’amour est au crime une assez belle excuse,
Il en peut bien servir à la petite ruse,
   Que sa flamme aujourd’hui me force d’approuver
Par la douceur du bien qui m’en doit arriver :
Juste Ciel ! qu’ils sont prompts ! je les vois en parole,
Allons nous préparer à jouer notre rôle.

 SCÈNE II

MASCARILLE, ANSELME.

MASCARILLE
La nouvelle a sujet de vous surprendre fort.

ANSELME
Etre mort de la sorte !

MASCARILLE

Il a certes grand tort.

Je lui sais mauvais gré d’une telle incartade.

ANSELME

N’avoir pas seulement le temps d’être malade !

MASCARILLE

Non, jamais homme n’eut si hâte de mourir.

ANSELME

Et Lélie ?

MASCARILLE

Il se bat, et ne peut rien souffrir :

Il s’est fait en maints lieux contusion et bosse,
Et veut accompagner son papa dans la fosse :
Enfin, pour achever, l’excès de son transport
M’a fait en grande hâte ensevelir le mort,
De peur que cet objet qui le rend hypocondre,

À faire un vilain coup ne me l’allât semondre.

ANSELME

N’importe, tu devais attendre jusqu’au soir,
Outre qu’encore un coup j’aurais voulu le voir.
Qui tôt ensevelit, bien souvent assassine,
Et tel est cru défunt qui n’en a que la mine.

MASCARILLE
    Je vous le garantis trépassé comme il faut ;
Au reste, pour venir au discours de tantôt,
Lélie, et l’action lui sera salutaire,
D’un bel enterrement veut régaler son père,
Et consoler un peu ce défunt de son sort,

Par le plaisir de voir faire honneur à sa mort ;
Il hérite beaucoup, mais comme en ses affaires,
Il se trouve assez neuf, et ne voit encor guères ;
Que son bien la plupart n’est point en ces quartiers,
Ou que ce qu’il y tient consiste en des papiers ;
Il voudrait vous prier, ensuite de l’instance
D’excuser de tantôt son trop de violence,
De lui prêter au moins pour ce dernier devoir...

ANSELME
Tu me l’as déjà dit, et je m’en vais le voir.

MASCARILLE
Jusques ici du moins tout va le mieux du monde :
Tâchons à ce progrès que le reste réponde,
Et de peur de trouver dans le port un écueil,
Conduisons le vaisseau de la main et de l’œil.

 SCÈNE III

LÉLIE, ANSELME, MASCARILLE.

ANSELME
Sortons, je ne saurais qu’avec douleur très forte,
Le voir empaqueté de cette étrange sorte:
Las ! en si peu de temps ! il vivait ce matin !

MASCARILLE
En peu de temps parfois on fait bien du chemin.

LÉLIE
Ah !

ANSELME
Mais quoi ? cher Lélie, enfin il était homme :
On n’a point pour la mort de dispense de Rome.

LÉLIE
Ah !

ANSELME
Sans leur dire gare elle abat les humains,

Et contre eux de tout temps a de mauvais desseins.

LÉLIE
Ah !

ANSELME
Ce fier animal pour toutes les prières,
Ne perdrait pas un coup de ses dents meurtrières,
Tout le monde y passe.

LÉLIE
Ah !

MASCARILLE
Vous avez beau prêcher,
Ce deuil enraciné ne se peut arracher.

ANSELME
Si malgré ces raisons votre ennui persévère,
Mon cher Lélie, au moins, faites qu’il se modère.

LÉLIE
Ah !

MASCARILLE
Il n’en fera rien, je connais son humeur.

ANSELME
Au reste, sur l’avis de votre serviteur,
J’apporte ici l’argent qui vous est nécessaire,
Pour faire célébrer les obsèques d’un père...

LÉLIE
Ah ! Ah !

MASCARILLE
Comme à ce mot s’augmente sa douleur,
Il ne peut sans mourir, songer à ce malheur.

ANSELME
Je sais que vous verrez aux papiers du bonhomme,
Que je suis débiteur d’une plus grande somme :
Mais, quand par ces raisons je ne vous devrais rien,
Vous pourriez librement disposer de mon bien.
Tenez, je suis tout vôtre, et le ferai paraître.

LÉLIE, s’en allant.
Ah !

MASCARILLE
Le grand déplaisir que sent Monsieur mon maître !

ANSELME
Mascarille, je crois qu’il serait à propos,
Qu’il me fît de sa main un reçu de deux mots.

MASCARILLE
Ah !

ANSELME
Des événements l’incertitude est grande.

MASCARILLE
Ah !

ANSELME
Faisons-lui signer le mot que je demande.

MASCARILLE
Las ! en l’état qu’il est comment vous contenter !
Donnez-lui le loisir de se désattrister ;
Et quand ses déplaisirs prendront quelque allégeance,
J’aurai soin d’en tirer d’abord votre assurance.
Adieu, je sens mon cœur qui se gonfle d’ennui,
Et m’en vais tout mon soûl pleurer avecque lui !
Ah !

ANSELME, seul.
Le monde est rempli de beaucoup de traverses,
    Chaque homme tous les jours en ressent de diverses,
Et jamais ici-bas...

 SCÈNE IV

PANDOLPHE, ANSELME

ANSELME
Ah ! bons dieux, je frémi !
Pandolfe qui revient ! fût-il bien endormi.
Comme depuis sa mort sa face est amaigrie !
Las ! ne m’approchez pas de plus près, je vous prie ;

J’ai trop de répugnance à coudoyer un mort.

PANDOLFE

D’où peut donc provenir ce bizarre transport ?

ANSELME

Dites-moi de bien loin quel sujet vous amène.
Si pour me dire adieu vous prenez tant de peine,
C’est trop de courtoisie, et véritablement,

Je me serais passé de votre compliment.
Si votre âme est en peine et cherche des prières,
Las ! je vous en promets, et ne m’effrayez guères.
Foi d’homme épouvanté, je vais faire à l’instant
Prier tant Dieu pour vous, que vous serez content.

Disparaissez donc, je vous prie,
Et que le Ciel par sa bonté,
Comble de joie et de santé
Votre défunte seigneurie.

PANDOLFE, riant.

Malgré tout mon dépit, il m’y faut prendre part.

ANSELME

Las ! pour un trépassé vous êtes bien gaillard !

PANDOLFE

Est-ce jeu ? dites-nous, ou bien si c’est folie,
Qui traite de défunt une personne en vie ?

ANSELME

Hélas ! vous êtes mort, et je viens de vous voir.

PANDOLFE

Quoi ? j’aurais trépassé sans m’en apercevoir ?

ANSELME

Sitôt que Mascarille en a dit la nouvelle,
J’en ai senti dans l’âme une douleur mortelle.

PANDOLFE

Mais enfin dormez-vous ? êtes-vous éveillé ?
Me connaissez-vous pas ?

ANSELME

Vous êtes habillé

D’un corps aérien qui contrefait le vôtre,

Mais qui dans un moment peut devenir tout autre.
Je crains fort de vous voir comme un géant grandir,
Et tout votre visage affreusement laidir.
Pour Dieu, ne prenez point de vilaine figure ;
J’ai prou de ma frayeur en cette conjoncture.

PANDOLFE

En une autre saison, cette naïveté,
Dont vous accompagnez votre crédulité,
Anselme, me serait un charmant badinage,
Et j’en prolongerais le plaisir davantage :
Mais avec cette mort un trésor supposé,

Dont parmi les chemins on m’a désabusé,
Fomente dans mon âme un soupçon légitime.
Mascarille est un fourbe, et fourbe fourbissime,
Sur qui ne peuvent rien la crainte, et le remords,
Et qui pour ses desseins a d’étranges ressorts.

ANSELME

M’aurait-on joué pièce, et fait supercherie ?
Ah ! vraiment ma raison vous seriez fort jolie !
Touchons un peu pour voir : en effet, c’est bien lui.
Malepeste du sot, que je suis aujourd’hui !
De grâce, n’allez pas divulguer un tel conte ;

On en ferait jouer quelque farce à ma honte :
Mais, Pandolfe, aidez-moi vous-même à retirer
L’argent que j’ai donné pour vous faire enterrer.

PANDOLFE

De l’argent, dites-vous ? ah ! voilà l’enclouure.
Voilà le nœud secret de toute l’aventure;

À votre dam. Pour moi, sans m’en mettre en souci,
Je vais faire informer de cette affaire ici,
Contre ce Mascarille, et si l’on peut le prendre,
Quoi qu’il puisse coûter, je veux le faire pendre.

ANSELME

Et moi, la bonne dupe, à trop croire un vaurien,
    Il faut donc qu’aujourd’hui je perde, et sens, et bien ?
Il me sied bien, ma foi, de porter tête grise,
Et d’être encor si prompt à faire une sottise !
D’examiner si peu sur un premier rapport...
Mais je vois...

 SCÈNE V

LÉLIE, ANSELME.
LÉLIE

Maintenant, avec ce passe-port,

Je puis à Trufaldin rendre aisément visite.

ANSELME

À ce que je puis voir, votre douleur vous quitte ?

LÉLIE

Que dites-vous ! jamais elle ne quittera,
Un cœur qui chèrement toujours la nourrira.

ANSELME

Je reviens sur mes pas, vous dire, avec franchise,

Que tantôt avec vous j’ai fait une méprise ;
Que parmi ces louis, quoiqu’ils semblent très beaux,
J’en ai sans y penser mêlé que je tiens faux,
Et j’apporte sur moi de quoi mettre en leur place :
De nos faux-monnoyeurs l’insupportable audace,

Pullule en cet État d’une telle façon,
Qu’on ne reçoit plus rien qui soit hors de soupçon :
Mon Dieu, qu’on ferait bien de les faire tous pendre !

LÉLIE

Vous me faites plaisir de les vouloir reprendre ;
Mais je n’en ai point vu de faux, comme je croi.

ANSELME

Je les connaîtrai bien, montrez, montrez-les-moi :
Est-ce tout ?

LÉLIE

Oui.

ANSELME

Tant mieux ; enfin je vous raccroche,

Mon argent bien aimé, rentrez dedans ma poche ;
Et vous, mon brave escroc, vous ne tenez plus rien ;
Vous tuez donc des gens qui se portent fort bien ;

Et qu’auriez-vous donc fait sur moi, chétif beau-père ?
Ma foi, je m’engendrais d’une belle manière !
Et j’allais prendre en vous un beau-fils fort discret.
Allez, allez mourir de honte, et de regret.

LÉLIE

Il faut dire : "J’en tiens" ; quelle surprise extrême !
    D’où peut-il avoir su sitôt le stratagème !

 SCÈNE VI

MASCARILLE, LÉLIE.

MASCARILLE

Quoi ? vous étiez sorti ? je vous cherchais partout :
Hé bien ? en sommes-nous enfin venus à bout ;
Je le donne en six coups au fourbe le plus brave,
Çà, donnez-moi que j’aille acheter notre esclave,

Votre rival après sera bien étonné.

LÉLIE

Ah ! mon pauvre garçon, la chance a bien tourné,
Pourrais-tu de mon sort deviner l’injustice ?

MASCARILLE

Quoi ? que serait-ce ?

LÉLIE

Anselme instruit de l’artifice,

M’a repris maintenant tout ce qu’il nous prêtait,

Sous couleur de changer de l’orque l’on doutait.

MASCARILLE

Vous vous moquez peut-être ?

LÉLIE

Il est trop véritable.

MASCARILLE

Tout de bon ?

LÉLIE

Tout de bon, j’en suis inconsolable ;

Tu te vas emporter d’un courroux sans égal.

MASCARILLE

Moi, monsieur ? Quelque sot ! la colère fait mal ;

Et je veux me choyer, quoi qu’enfin il arrive :
Que Célie après tout soit ou libre, ou captive ;
Que Léandre l’achète, ou qu’elle reste là,
Pour moi, je m’en soucie autant que de cela.

LÉLIE

Ah ! n’aye point pour moi si grande indifférence,

Et sois plus indulgent à ce peu d’imprudence.
Sans ce dernier malheur, ne m’avoueras-tu pas,
Que j’avais fait merveille ? et qu’en ce feint trépas
J’éludais  un chacun d’un deuil si vraisemblable,
Que les plus clairvoyants l’auraient cru véritable.

MASCARILLE

Vous avez en effet sujet de vous louer.

LÉLIE

Hé bien, je suis coupable, et je veux l’avouer ;
Mais, si jamais mon bien te fut considérable ,
Répare ce malheur, et me sois secourable.

MASCARILLE

Je vous baise les mains, je n’ai pas le loisir.

LÉLIE

Mascarille, mon fils.

MASCARILLE

Point.

LÉLIE

Fais-moi ce plaisir.

MASCARILLE

Non, je n’en ferai rien.

LÉLIE

Si tu m’es inflexible,

Je m’en vais me tuer.

MASCARILLE

Soit, il vous est loisible.

LÉLIE

Je ne te puis fléchir ?

MASCARILLE

Non.

LÉLIE

Vois-tu le fer prêt ?

MASCARILLE

Oui.

LÉLIE

Je vais le pousser.

MASCARILLE

Faites ce qu’il vous plaît.

LÉLIE

Tu n’auras pas regret de m’arracher la vie ?

MASCARILLE

Non.

LÉLIE

Adieu, Mascarille.

MASCARILLE

Adieu, Monsieur Lélie.

LÉLIE

Quoi... ?

MASCARILLE

Tuez-vous donc vite : ah ! que de longs devis !

LÉLIE

Tu voudrais bien, ma foi, pour avoir mes habits,
Que je fisse le sot, et que je me tuasse.

MASCARILLE
    Savais-je pas qu’enfin ce n’était que grimace ;
Et, quoi que ces esprits jurent d’effectuer,
Qu’on n’est point aujourd’hui si prompt à se tuer.

 SCÈNE VII

LÉANDRE, TRUFALDIN, LÉLIE, MASCARILLE.
   
LÉLIE
Que vois-je ! mon rival et Trufaldin ensemble !
Il achète Célie ; ah ! de frayeur je tremble.

MASCARILLE
Il ne faut point douter qu’il fera ce qu’il peut,
Et, s’il a de l’argent, qu’il pourra ce qu’il veut :
Pour moi, j’en suis ravi : voilà la récompense
De vos brusques erreurs, de votre impatience.

LÉLIE
Que dois-je faire ? dis, veuille me conseiller.

MASCARILLE
Je ne sais.

LÉLIE

Laisse-moi, je vais le quereller.

MASCARILLE
Qu’en arrivera-t-il ?

LÉLIE
Que veux-tu que je fasse
Pour empêcher ce coup ?

MASCARILLE
Allez, je vous fais grâce ;
Je jette encore un œil pitoyable sur vous,
Laissez-moi l’observer ; par des moyens plus doux ;

Je vais, comme je crois, savoir ce qu’il projette.

TRUFALDIN
Quand on viendra tantôt, c’est une affaire faite.

MASCARILLE
Il faut que je l’attrape, et que de ses desseins
Je sois le confident pour mieux les rendre vains.

LÉANDRE 
Grâces au Ciel, voilà mon bonheur hors d’atteinte,
J’ai su me l’assurer, et je n’ai plus de crainte ;
Quoi que désormais puisse entreprendre un rival,
Il n’est plus en pouvoir de me faire du mal.

MASCARILLE
Ahi, ahi, à l’aide, au meurtre, au secours, on m’assomme,
Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ô traître ! ô bourreau d’homme !

LÉANDRE
D’où procède cela ? qu’est-ce ? que te fait-on ?

MASCARILLE
On vient de me donner deux cents coups de bâton.

LÉANDRE
Qui ?

MASCARILLE
Lélie.

LÉANDRE
Et pourquoi ?

MASCARILLE
Pour une bagatelle,
Il me chasse et me bat d’une façon cruelle.

LÉANDRE
Ah ! vraiment il a tort.

MASCARILLE
Mais, ou je ne pourrai,
Ou je jure bien fort, que je m’en vengerai ;
Oui, je te ferai voir, batteur que Dieu confonde,
Que ce n’est pas pour rien qu’il faut rouer le monde :
Que je suis un valet, mais fort homme d’honneur,
Et qu’après m’avoir eu quatre ans pour serviteur,
Il ne me fallait pas payer en coups de gaules,
Et me faire un affront si sensible aux épaules :
Je te le dis encor, je saurai m’en venger ;
Une esclave te plaît, tu voulais m’engager
À la mettre en tes mains, et je veux faire en sorte

Qu’un autre te l’enlève, ou le diable m’emporte.

LÉANDRE
Écoute, Mascarille, et quitte ce transport ;
Tu m’as plu de tout temps, et je souhaitais fort
Qu’un garçon comme toi plein d’esprit et fidèle,
À mon service un jour pût attacher son zèle :
Enfin, si le parti te semble bon pour toi,
Si tu veux me servir, je t’arrête, avec moi.

MASCARILLE
Oui, Monsieur, d’autant mieux que le destin propice
M’offre à me bien venger en vous rendant service,
Et que dans mes efforts pour vos contentements,
Je puis à mon brutal trouver des châtiments.
De Célie en un mot par mon adresse extrême...

LÉANDRE
Mon amour s’est rendu cet office lui-même,
Enflammé d’un objet qui n’a point de défaut,
Je viens de l’acheter moins encor qu’il ne vaut.

MASCARILLE
Quoi ? Célie est à vous ?

LÉANDRE
Tu la verrais paraître,
Si de mes actions j’étais tout à fait maître :
Mais quoi ! mon père l’est : comme il a volonté,
Ainsi que je l’apprends d’un paquet apporté,
De me déterminer à l’hymen d’Hippolyte,
J’empêche qu’un rapport de tout ceci l’irrite.
Donc avec Trufaldin ; car je sors de chez lui,
J’ai voulu tout exprès agir au nom d’autrui,
Et l’achat fait, ma bague est la marque choisie,
Sur laquelle au premier il doit livrer Célie ;
Je songe auparavant à chercher les moyens
D’ôter aux yeux de tous ce qui charme les miens,
À trouver promptement un endroit favorable,
Où puisse être en secret cette captive aimable.

MASCARILLE
Hors de la ville un peu, je puis avec raison,
D’un vieux parent que j’ai vous offrir la maison,
Là, vous pourrez la mettre avec toute assurance,
Et de cette action nul n’aura connaissance.

LÉANDRE
Oui, ma foi, tu me fais un plaisir souhaité.
Tiens donc, et va pour moi prendre cette beauté,
    Dès que par Trufaldin ma bague sera vue,
Aussitôt en tes mains elle sera rendue,
Et dans cette maison tu me la conduiras
Quand... Mais chut, Hippolyte est ici sur nos pas.

 SCÈNE VIII

HIPPOLYTE, LÉANDRE, MASCARILLE.

HIPPOLYTE
Je dois vous annoncer, Léandre, une nouvelle ;
Mais la trouverez-vous agréable, ou cruelle ?

LÉANDRE
Pour en pouvoir juger, et répondre soudain,
Il faudrait la savoir.

HIPPOLYTE
Donnez-moi donc la main
Jusqu’au temple, en marchant je pourrai vous l’apprendre.

LÉANDRE
Va, va-t’en me servir sans davantage attendre.

MASCARILLE

Oui, je te vais servir d’un plat de ma façon ;
Fut-il jamais au monde un plus heureux garçon !
Oh ! que dans un moment Lélie aura de joie !
Sa maîtresse en nos mains tomber par cette voie !
Recevoir tout son bien, d’où l’on attend le mal!
    Et devenir heureux par la main d’un rival !
Après ce rare exploit, je veux que l’on s’apprête
À me peindre en héros un laurier sur la tête,
Et qu’au bas du portrait on mette en lettres d’or,
Vivat Mascarillus, fourbum imperator.

 SCÈNE IX

TRUFALDIN, MASCARILLE.

MASCARILLE

Holà !

TRUFALDIN

Que voulez-vous ?

MASCARILLE
   Cette bague connue,

Vous dira le sujet qui cause ma venue.

TRUFALDIN

Oui, je reconnais bien la bague que voilà :
Je vais quérir l’esclave, arrêtez un peu là.

 SCÈNE X

LE COURRIER, TRUFALDIN, MASCARILLE.

LE COURRIER

Seigneur, obligez-moi de m’enseigner un homme...

TRUFALDIN

Et qui ?

LE COURRIER
800 Je crois que c’est Trufaldin qu’il se nomme.

TRUFALDIN

Et que lui voulez-vous ? Vous le voyez ici.

LE COURRIER

Lui rendre seulement la lettre que voici.

Lettre.

Le Ciel dont la bonté prend souci de ma vie,
Vient de me faire ouïr par un bruit assez doux,

Que ma fille à quatre ans par des voleurs ravie,
Sous le nom de Célie est esclave chez vous.

Si vous sûtes jamais ce que c’est qu’être père,
Et vous trouvez sensible aux tendresses du sang,
Conservez-moi chez vous cette fille si chère,

Comme si de la vôtre elle tenait le rang.
Pour l’aller retirer, je pars d’ici moi-même,
Et vous vais de vos soins récompenser si bien,
Que par votre bonheur que je veux rendre extrême,
Vous bénirez le jour où vous causez le mien.

De Madrid.
Dom Pedro de Gusman,

Marquis de Montalcane.

TRUFALDIN

Quoiqu’à leur nation bien peu de foi soit due,
Ils me l’avaient bien dit, ceux qui me l’ont vendue,
Que je verrais dans peu quelqu’un la retirer,
Et que je n’aurais pas sujet d’en murmurer :
Et cependant j’allais par mon impatience,

Perdre aujourd’hui les fruits d’une haute espérance.
Un seul moment plus tard tous vos pas étaient vains,
J’allais mettre en l’instant cette fille en ses mains ;
Mais suffit, j’en aurai tout le soin qu’on désire.
Vous-même vous voyez ce que je viens de lire :

Vous direz à celui qui vous a fait venir,
Que je ne lui saurais ma parole tenir.
Qu’il vienne retirer son argent.

MASCARILLE

Mais l’outrage

Que vous lui faites...

TRUFALDIN

Va, sans causer davantage.

MASCARILLE

Ah ! le fâcheux paquet que nous venons d’avoir !

Le sort a bien donné la baye à mon espoir !
Et bien à la male-heure est-il venu d’Espagne,
Ce courrier que la foudre, ou la grêle accompagne;
Jamais, certes, jamais, plus beau commencement,
N’eut en si peu de temps plus triste événement.

 SCÈNE XI

LÉLIE, MASCARILLE.

MASCARILLE
835 Quel beau transport de joie à présent vous inspire ?

LÉLIE
Laisse-m’en rire encore avant que te le dire.

MASCARILLE
Çà, rions donc bien fort, nous en avons sujet.

LÉLIE
Ah ! je ne serai plus de tes plaintes l’objet.
Tu ne me diras plus, toi qui toujours me cries,
Que je gâte en brouillon toutes tes fourberies :
J’ai bien joué moi-même un tour des plus adroits.
Il est vrai, je suis prompt, et m’emporte parfois ;
Mais pourtant, quand je veux, j’ai l’imaginative
Aussi bonne en effet, que personne qui vive ;
Et toi-même avoueras que ce que j’ai fait part
D’une pointe d’esprit où peu de monde a part.

MASCARILLE
Sachons donc ce qu’a fait cette imaginative.

LÉLIE
Tantôt, l’esprit ému d’une frayeur bien vive,
D’avoir vu Trufaldin avecque mon rival,
Je songeais à trouver un remède à ce mal,
Lorsque me ramassant tout entier en moi-même,
J’ai conçu, digéré, produit un stratagème,
Devant qui tous les tiens, dont tu fais tant de cas,
Doivent sans contredit, mettre pavillon bas.

MASCARILLE
Mais qu’est-ce ?

LÉLIE
Ah ! s’il te plaît, donne-toi patience ;
J’ai donc feint une lettre avecque diligence,
Comme d’un grand seigneur écrite à Trufaldin,
Qui mande, qu’ayant su par un heureux destin,
Qu’une esclave qu’il tient sous le nom de Célie
Est sa fille autrefois par des voleurs ravie ;
Il veut la venir prendre, et le conjure au moins
De la garder toujours, de lui rendre des soins ;
Qu’à ce sujet il part d’Espagne, et doit pour elle
Par de si grands présents reconnaître son zèle,
Qu’il n’aura point regret de causer son bonheur.

MASCARILLE
Fort bien.

LÉLIE
Écoute donc ; voici bien le meilleur.
La lettre que je dis a donc été remise ;
Mais, sais-tu bien comment ? En saison si bien prise,
Que le porteur m’a dit que sans ce trait falot,
Un homme l’emmenait qui s’est trouvé fort sot.

MASCARILLE
Vous avez fait ce coup sans vous donner au diable?

LÉLIE
Oui, d’un tour si subtil m’aurais-tu cru capable ?
Loue au moins mon adresse, et la dextérité,
Dont je romps d’un rival le dessein concerté.

MASCARILLE
À vous pouvoir louer selon votre mérite,
Je manque d’éloquence, et ma force est petite ;
Oui, pour bien étaler cet effort relevé,
Ce bel exploit de guerre à nos yeux achevé,
Ce grand et rare effet d’une imaginative,
Qui ne cède en vigueur à personne qui vive,
Ma langue est impuissante, et je voudrais avoir
Celles de tous les gens du plus exquis savoir,
Pour vous dire en beaux vers, ou bien en docte prose,
Que vous serez toujours, quoi que l’on se propose,
Tout ce que vous avez été durant vos jours ;
C’est-à-dire, un esprit chaussé tout à rebours,
Une raison malade, et toujours en débauche,
Un envers du bon sens, un jugement à gauche,
Un brouillon, une bête, un brusque, un étourdi,
Que sais-je, un... cent fois plus encor que je ne dis,
C’est faire en abrégé votre panégyrique.

LÉLIE
Apprends-moi le sujet qui contre moi te pique :
Ai-je fait quelque chose ? éclaircis-moi ce point.

MASCARILLE
Non, vous n’avez rien fait ; mais ne me suivez point.

LÉLIE
Je te suivrai partout, pour savoir ce mystère.

MASCARILLE
Oui ? sus donc, préparez vos jambes à bien faire ;
Car je vais vous fournir de quoi les exercer.

LÉLIE
Il m’échappe ! ô malheur qui ne se peut forcer!
Au discours qu’il m’a fait que saurais-je comprendre ?
Et quel mauvais office aurais-je pu me rendre ?